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    Jean Genêt, dramaturge et écrivain maudit

    28 février 2014
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    jeangenet

    Jean Genêt, dramaturge et écrivain maudit

    Conspué ou adulé par ses contemporains, Jean Genêt, romancier, poète, dramaturge engagé et provocateur suscite le scandale. Il dépeint des univers interlopes qu’il sublime et magnifie par un verbe riche et raffiné.

    Jean Genêt vient au monde à Paris, en 1910. Né de père inconnu, sa mère l’abandonne dans les premiers mois de sa vie. Il est recueilli par une famille de paysans du Morgan. Excellent élève, il obtient la meilleure note de sa commune au certificat d’études primaires. Le rejeton n’est pas rangé pour autant et cède aux sirènes de la délinquance dès l’âge de dix ans. Alors qu’il commet des petits délits, vols et fugues, l’adolescent est envoyé en maison de redressement, à la colonie pénitentiaire de Mettray. Il y vit sa première expérience homosexuelle. A sa majorité il rejoint la Légion étrangère, découvre l’Afrique du Nord et le Proche Orient. Les rapports de force inhérents à la colonisation le marqueront à vie.

    De retour à Paris, Jean Genêt vit de petits larcins. C’est derrière les barreaux qu’il rédige ses premiers poèmes et romans. Autobiographiques, ses écrits mettent en scène et décrivent l’univers de personnages sulfureux. Son roman Notre-Dame-des-Fleurs (1944) met en scène un travesti. Le Miracle de la rose (1946), dépeint l’univers carcéral. Le journal du voleur (1949) revient sur son passé de délinquant. Le scandale provoqué par ses récits  dévoile l’écrivain au grand public. Bannies par la censure, ses oeuvres déclarées officiellement « pornographiques », se distribuent sous le manteau.

    Fort de sa célébrité naissante, Jean Genêt entame bientôt une carrière d’auteur de théâtre et s’entoure de plus grands dramaturges. Louis Jouvet met en scène Les Bonnes en 1947. Haute Surveillance (1949) est dirigé par Jean Marchat. Roger Blin monte Les Nègres (1959) puis Les Paravents en (1966). Peter Brook s’empare du Balcon en 1960.

    Au faîte de sa gloire, l’artiste fréquente le cercle des écrivains de son temps. Admiré par Jean Cocteau, adulé par Sartre, il côtoie Simone de Beauvoir, Brassaï, Alberto Giacometti ou Henri Matisse. Mais son succès ne fait pas l’unanimité. Il s’attire les foudres de nombreux contemporains et provoque tollés et réactions de rejet. Alors que Cocteau et Sartre voient en lui un moraliste, Mauriac le qualifie d’ « excrémentiel ». Provocatrice, sa démarche suscite beaucoup d’incompréhension et déstabilise délibérément le bourgeois bien pensant, détenteur d’une morale jugée hypocrite. Jean Genêt cherche à déclencher chez son lecteur une prise de conscience de l’extraordinaire séduction du mal. Il dépeint la fascination, les jouissances assimilables à des pulsions sexuelles qu’il suscite. Pompes funèbres (1947) analyse les fantasmes morbides qu’engendrent Hitler et le nazisme.

    Au fil de son existence, le propos de Genêt se fait de plus en plus engagé. Il élève la voix contre toute forme d’oppression, la tyrannie blanche, le colonialisme. Il fustige l’hypocrisie de la bourgeoisie française, dénonce le fonctionnement de la politique carcérale de son pays. En 1970, il rencontre les Black Panthers et, en 1982, affiche son soutien à la cause palestinienne lors de son entrevue avec Yasser Arafat. Premier Européen à pénétrer à Chatila, suite aux massacres des civils en 1982, il rédige Quatre heures à Chatila, texte politique majeur à la croisée entre poème et reportage.

    Le suicide de son compagnon, Abdallah Bentaga, un acrobate qui lui a inspiré le poème Le Funambule, anéantit Jean Genêt. L’artiste, en proie à la toxicomanie séjourne dans des chambres d’hôtel insalubres et achève son existence dans l’errance. Rongé par un cancer de la gorge, il décède le 15 avril 1986 dans un petit hôtel du XIIIe arrondissement de Paris. Son corps est transféré au cimetière de Larrache, au Maroc, pays où il séjournait régulièrement. Son oeuvre désormais unanimement reconnu, Georges Lavaudant introduit, en 1985, Jean Genêt à la Comédie-Française avec une mise en scène du Balcon.


    Citations

    « Ecrire c’est lever toutes les censures. »
    « Créer, c’est toujours parler de l’enfance. »
    « Créer n’est pas un jeu quelque peu frivole. Le créateur s’est engagé dans une aventure effrayante, qui est d’assumer soi-même, jusqu’au bout, les périls risqués par ses créatures.  » Journal du voleur
    « Vivre c’est survivre à un enfant mort. »
    « Un mâle qui en baise un autre est un double mâle. », Notre-Dame des fleurs
    « Un artiste de cirque qui se laisse applaudir, c’est déjà un bourgeois. »
    « C’est facile d’être bonne, et souriante, et douce. Quand on est belle et riche ! Mais être bonne quand on est une bonne.  » Les Bonnes

    Théâtre

    Les Bonnes, 1947
    Haute Surveillance, 1949
    Le Balcon, 1956
    Les Nègres, 1958
    Les Paravents, 1961
    « Elle », 1989
    Splendid’s, 1993
    Le Bagne, 1994

    Poésie

    Le Condamné à mort, 1942
    La Galère, 1944
    Chants secrets, 1945
    Un chant d’amour, 1946
    Le Pêcheur du Suquet, 1946
    Le Funambule, 1955

    Romans et autres textes

    Notre-Dame-des-Fleurs, 1944
    Miracle de la rose, 1946
    Querelle de Brest, 1947
    Pompes funèbres, 1948
    Journal du voleur, 1949
    Adame Miroir, 1949
    L’Atelier d’Alberto Giacometti, 1958
    Quatre heures à Chatila, 1982
    Le Captif amoureux, 1986

    [Visuel : Jean Genêt]

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