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    Julie Sanerot « Nous choisissons des équipes qui réinterrogent les formes »

    Clotilde Campagna 8 décembre 2018
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    Véritable référence dans le milieu du spectacle vivant, le festival Impatience, en partenariat avec Télérama, met en lumière la création émergeante et fête ses dix ans du 4 au 12 décembre, au CENTQUATRE-PARIS, au Théâtre de Gennevilliers (T2G) et au Jeune Théâtre National (JTN). Rencontre avec Julie Sanerot, directrice de la production et adjointe à la programmation.

    Quelles sont les origines du festival Impatience ?

    Le Festival Impatience est un projet porté, entre autres, par le CENTQUATRE-PARIS. Au départ, c’est une initiative d’Olivier Py [ndlr : directeur actuel du Festival d’Avignon], alors qu’il était directeur du Théâtre de l’Odéon. Le projet est associé au CENTQUATRE-PARIS depuis environ neuf ans et nous avons pris en charge l’organisation, ainsi que le développement.

    Qu’est-ce que le Festival Impatience ?

    C’est un festival dédié à l’émergence théâtrale, à de jeunes compagnies ayant déjà un bagage de création. Généralement, elles ont deux ou trois créations à leur actif, mais sont tout juste repérées. Le Festival Impatience veut offrir une importante visibilité à ces équipes, un tremplin qui permet une véritable insertion professionnelle. Ce n’est pas du tout un festival de sortie d’école, mais un festival pour de jeunes professionnels qui ont besoin d’un marche pied supplémentaire.

    Vous travaillez au CENTQUATRE-PARIS depuis presque dix ans : quelles évolutions du festival avez-vous vues ?

    Depuis environ sept ans, le CENTQUATRE-PARIS a mis en place un appel à projet. Cela nous permet, en plus des repérages habituels, d’avoir des compagnies qui postulent de très loin, dans la mesure où nous acceptons des spectacles francophones. Nous pouvons ainsi faire connaître le festival sur un large territoire. On a pu surtout fédérer un réseau de partenaires de diffusion. En effet, des structures s’engagent à accueillir dans leur programmation le lauréat du festival et nous recevons également un soutien très important des agences régionales.

    Par exemple, nous avons inventé avec les agences régionales une forme de collaboration innovante, depuis l’appel à projet jusqu’à la diffusion du spectacle du lauréat, en passant par la journée dédiée aux professionnels sur le temps du festival. Nous essayons de répondre aux besoins des jeunes compagnies d’être plus visibles et de tourner. Le festival est également devenu très connu et nous avons chaque année 200 à 300 candidatures. Depuis la mise en place de l’appel à projet, nous avons aussi remarqué que les candidatures sont de plus en plus qualitatives.

    La Nuit Animale, les 11 et 12 décembre au T2G © Charles Chauvet

    Vers quoi voulez-vous vous diriger dans les prochaines années ?

    On se rend compte qu’il y a toujours une très grande variété de formes et de sujets dans ce qui nous est présenté et que les jeunes équipes abordent toujours des sujets forts et d’actualité, même lorsqu’il s’agit d’adaptation de textes plus anciens. Je pense que dans dix ans, les formes présentées au Festival Impatience seront encore différentes, car la société aura changé.

    On voit effectivement que les thématiques traitées révèlent ce qu’est la société aujourd’hui. Est-il important que le théâtre reste un lieu de questionnement ?

    Nous ne choisissons pas les spectacles par rapport à une thématique, mais parce que les équipes ont des choses à dire et prennent la parole sur des questionnements de la société actuelle. Nous allons aussi choisir des équipes qui vont réinterroger les formes : on a par exemple cette année, des projets très plastiques et nous en sommes très heureux. C’est un festival de théâtre émergent, mais au sens le plus large possible.

    Pourquoi avoir choisi de vous associer au T2G et au JTN ?

    Ce sont des partenaires avec qui nous portons et organisons le festival : ils sélectionnent avec nous ; ils accueillent la programmation du festival chez eux ; ils portent également le budget avec nous. Ce sont des structures extrêmement sensibles à la question de l’émergence, car elle est au cœur de leurs préoccupations. Ainsi, le JTN a pour mission d’accompagner les jeunes professionnels. Lorsque Daniel Janneteau a pris la direction du T2G, il voulu dès la première année, inscrire le festival au cœur de sa programmation. Grâce à lui, nous avons donc déplacé le festival à début décembre, ce qui permet de ne pas perdre une année de diffusion pour les compagnies.

    Que peut-on souhaiter pour les dix prochaines années ?

    Des coups de cœur et des nouvelles découvertes ! Quelque chose est en train de se passer : les anciens lauréats se retrouvent maintenant à la tête de grands théâtres et lieux culturels, et veulent devenir partenaires du festival, accueillir à leur tour les lauréats, comme Chloé Dabert, qui va prendre la tête du CDN de Reims. Nous sommes également en discussion avec d’autres anciens comme Fabrice Murgia qui est au Théâtre national de Bruxelles. Le chemin continue.

    Propos recueillis par Clotilde Campagna

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