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Julien Dray : « Il n’y a pas d’être émancipé, libre, sensible qui ne soit pas un être cultivé. »

1 décembre 2015
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Julien Dray : “Il n’y a pas d’être émancipé, libre, sensible, qui ne soit un être cultivé.”

JD copieAlors que le premier tour des élections régionales aura lieu le dimanche 3 décembre, dans une atmosphère meurtrie par les attentats parisiens du 13 novembre, les acteurs du monde culturel s’interrogent sur leur avenir. Quelle sera la place de la culture dans la politique des régions ? Quelle importance et quels moyens est-on prêt à accorder aux institutions, aux projets et aux artistes pour les faire exister ? A droite, chez Les Républicains, et malgré plusieurs relances sur le sujet, aucune réponse ne nous a été donnée. A gauche, c’est Julien Dray, membre du Bureau National du Parti Socialiste et Vice-Président du Conseil Régional d’Île-de-France en charge de la Culture, qui répond aux questions et interrogations d’Artistik Rezo.

 

Quelles sont les grandes lignes de la politique culturelle dans votre programme ?

-Le budget culture de la Région Île-de-France est de 100 millions d’euros. Il a augmenté de 18% en cinq ans, ce qui est unique dans le paysage des régions, et nous nous targuons de maintenir ce budget à ce niveau pour pouvoir affirmer notre spécificité. Les projets et les initiatives que nous menons sont très particulières. La première promesse que nous pouvons faire, c’est de sanctuariser le budget de la culture. A aucun moment, et malgré la précarité financière ambiante, la culture ne pourra subir de baisses de financement. C’est une priorité. Et si on peut faire sur des augmentations, selon nos marges de manœuvres, on le fera. La deuxième chose, c’est la pérennisation des dispositifs qui sont en place.  Les PAC, permanences artistiques culturelles, qui soutiennent les compagnies de théâtre selon un dispositif financier triennal ; les aides au cinéma, de la production à la diffusion des films, en développant les ciné-clubs, l’extension à de nouveaux publics dans les lycées et la création de festivals de cinéma ; l’aide en faveur des livres avec le soutien aux revues, aux maisons d’édition et aux libraires, complétée par le Prix Littéraire des Lycéens qui encourage la diffusion des livres. Ensuite, vous avez le dispositif d’aide aux arts plastiques qui est constitué, entre autre, de notre Musée Passager, qui circule un peu partout en Île-de-France en proposant à des publics jeunes des expositions et des performances.

Ça marche bien ?

-C’est un tout nouveau musée itinérant, destiné à mettre en valeur la création contemporaine et à la proposer à de nouveaux publics avec des supports mobiles. C’est déjà un succès car les villes souhaitent prolonger ces manifestations. Du côté de la musique, nous continuons à soutenir des événements comme Rock en Seine, Solidays, ainsi que les concerts dans les petites salles et tout le travail musical qu’elles peuvent faire en faveur du jeune public. La question des publics nous tient vraiment à cœur. L’ARIAM, un organisme culturel associé à la région, facilite la pratique musicale en prêtant des instruments de musique. Côté cinéma, la Commission du Film est chargée de chercher des tournages pour pouvoir les faire travailler en Île-de France. Un des aspects de notre politique culturelle, c’est de considérer la culture non pas seulement comme un besoin, un supplément d’âme, mais comme un véritable apport économique. Sur le plan de la production cinématographique, on a d’ailleurs montré en quoi le fait d’investir 1 euro dans la production de films en Île-de-France rapportait en moyenne à la région 7 euros grâce aux milliers d’emplois créés. Une étude récente, parue dans le quotidien, « le Monde » démontre que la culture est devenu un levier économique puissant.

Tout cela existe déjà depuis un moment ?

-Oui, et nous souhaitons amplifier ces projets et surtout développer notre action culturelle en direction des publics scolarisés. Nous avons mis en place des médiateurs culturels, des animateurs qui prennent en charge le développement de la vie culturelle dans un certain nombre d’établissements scolaires : club-théâtre, ciné-club, liens avec une salle de musique, sorties culturelles, encouragement à la lecture, etc. Nous avions 14 médiateurs culturels, nous en prévoyons 100. Il s’agit, avec l’Education Nationale, de redonner à la culture dans les établissements scolaires de Paris et sa région un statut plus important. Ils ont pour vocation, en lien avec les chefs d’établissement et ARCADI de valoriser les événements culturels.

Et le Street-Art ?

Sans l’enfermer dans une officialité quelconque, nous souhaitons organiser le Street Art et lui accorder une reconnaissance culturelle en mettant en contact les artistes avec les collectivités locales. Ce sera l’objet de cette agence. Il ne s’agit pas d’enfermer ni de museler la capacité de révolte des créateurs -ils sont bien trop libres- mais de leur proposer des espaces de liberté pour se faire connaître et embellir nos villes.

 
Qu’en est-il du spectacle vivant, du théâtre ? Certains artistes se sentent déprimés, utilisés comme une valeur marchande, d’autres abandonnés. On a annoncé à François Rancillac la fin du projet du Théâtre de L’Aquarium qui fait pourtant un remarquable travail en direction des publics.

-Ce sentiment existe peut-être dans leur relation avec le gouvernement mais pas avec la Région. Nous ne sommes pas les représentants du gouvernement et, comme je vous l’ai dit au début de cet entretien, nous prenons nos responsabilités. Concernant le spectacle vivant et la crise des intermittents, nous avons plusieurs fois facilité et aidé à la résolution de la crise. Nous avons aussi mis en place il y a deux ans une aide spécifique aux compagnies de théâtre. Après, on se heurte aujourd’hui aux nouvelles municipalités de droite qui peuvent avoir une toute autre vision des affaires culturelles. Et nous ne pouvons pas nous substituer aux collectivités locales. Mon sentiment, c’est que nous soutenons les acteurs du spectacle vivant mais que nous leur demandons aussi de se renouveler dans un dialogue permanent avec la société.

Parlons de culture et de ce qu’elle représente pour le citoyen que vous êtes.

-Il y a deux aspects. Comme je l’ai dit, le meilleur moyen de protéger les dépenses culturelles est de montrer qu’elles sont utiles et efficaces par leur impact économique. On n’est pas dans une comptabilité économique, mais il est important de montrer que la bataille culturelle est aussi une bataille économique et qu’elle apporte quelque chose. Ce n’est pas seulement de l’argent jeté par les fenêtres, comme certains veulent le croire. Ensuite, je m’inscris dans une politique de gauche qui voit dans la culture un gage d’émancipation du citoyen. C’est un bagage qui permet de connaître le monde, de ressentir des émotions, de se situer soi-même, de partager des histoires. Il n’y pas d’être émancipé, libre, sensible, qui ne soit pas un être cultivé.

 
Qu’aimez-vous en art ? La danse, le Street Art, la techno ?

-J’aime la peinture, de l’académisme à l’art abstrait. J’aime le mélange des genres, les Peintres Flamands du 16° siècle aux côtés d’un Basquiat ou de jeunes street artists actuels. Aujourd’hui, j’apprécie l’art qui est basé sur la récupération des matériaux. Comme tout le monde, j’apprécie le cinéma et j’ai appris à aimer le théâtre, surtout depuis que je fréquente le Festival d’Avignon qui représente pour moi un immense moment de découvertes et de surprises. Saviez-vous que certaines créations du Festival d’Automne sont vues aujourd’hui par les lycéens de la Région Île-de-France grâce à notre collaboration avec Emmanuel Demarcy Mota ? De même, l’Orchestre National d’Île-de-France a une nouvelle vie depuis la création de la Philharmonie. Ce sont des musiciens formidables qui passent pas mal de temps, en plus de la Philharmonie, à sillonner la région, à jouer dans les salles municipales, des salles polyvalentes franciliennes sans oublier tout leur travail à destination des scolaires.

Des projets que vous souhaiteriez développer ?

-Les fabriques culturelles sont des espaces en déshérence à qui on redonne une nouvelle vitalité. Le Studio Albatros à Montreuil  est pour moi un modèle de créativité, d’expérimentation, un mélange de plusieurs disciplines qui s’ouvre totalement au public. Nous avons pris un peu de retard sur ces fabriques culturelles, car il faut mettre en place des financements qui soient pérennes et donc conséquents pour faire de ces lieux des « ruches de création et de diffusion ». Désormais, le modèle économique existe et on peut l’étendre.

Hélène Kuttner

 

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