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    “Katte” ou la tragédie amoureuse de Frédéric II

    9 février 2026
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    ©Marc Ginot

    Au Théâtre de l’Epée de Bois, Jean-Marie Besset présente sa dernière pièce, une tragédie en cinq actes et en alexandrins, qui raconte l’amour malheureux du prince Frédéric II, contraint d’abandonner son amant à la mort en raison d’un père tyrannique et violent, Frédéric-Guillaume de Prusse, surnommé le Roi sergent. Philippe Girard impose son impérial charisme, entouré d’une distribution parfaite, dans une mise en scène précise et juste de Frédérique Lazarini. Un spectacle à l’écriture somptueuse et au romantisme noir.

    Une leçon d’histoire

    Il était une fois un monarque tyrannique et violent, Frédéric-Guillaume, qui faisait régner dans le royaume de Prusse une terreur démoniaque, allant même jusqu’à persécuter sa femme et ses enfants. Ce roi terrible aimait la Prusse, les armes, les batailles et la chasse. Or, son fils Frédéric II, qui doit lui succéder, apprécie au contraire les arts, la musique, la poésie et la philosophie française. Cerise sur le gâteau, il tombe fou amoureux d’un autre garçon, le très séduisant officier Hans-Hermann von Katte, lieutenant dans la garde du roi. La réaction du père est sans limite ; il décide de faire emprisonner son fils, ainsi que l’amant de ce dernier, avant que la tête de Katte ne tombe, au grand dam des autres nations européennes, scandalisées par cette terreur morale et physique. Philippe Girard campe un Frédéric-Guillaume plus qu’impérial, absolument terrible par son autorité cassante et sa violence délibérée. Le comédien, qui maîtrise le texte de Besset magnifiquement, impose son pouvoir martial sur tous les personnages avec l’habileté et la cruauté d’un Satan. 

    ©Marc Ginot

    Des comédiens excellents

    Autour de Philippe Girard, les autres comédiens sont tous excellents. Nemo Schiffman, vif et puissant jeune acteur, incarne un prince Frédéric II fondu d’amour, brisé par son père, saisi d’un profond sentiment de révolte, face à Tom Mercier, qui campe avec une élégance mystérieuse et une douceur féline l’officier Katte. Il se dégage de ces deux jeunes comédiens une relation au romantisme affirmé, à la grâce intemporelle, que la mise en scène de Frédérique Lazarini, avec la complicité de Didier Brun pour la lumière et de Régis de Martin Donos pour le décor, cisèle délicatement. Odile Cohen, la Reine, et Marion Lahmer, la princesse, parées de robes superbement conçues par Emmanuel Courau et Laurence Cucchiarini, interprètent avec talent celles qui sont laissées pour compte, méprisées et violentées par le pouvoir castrateur et démoniaque du Roi. Dans le rôle du ministre Seckendorff, retors, d’une fidélité totale à son roi, Stéphane Valensi est sulfureux à souhait. 

    ©Marc Ginot

    Des alexandrins pour dire la passion et l’horreur

    Pour conter cette histoire vraie, où la passion homosexuelle se voit tuée dans l’œuf par un pouvoir sanguinaire, l’auteur Jean-Marie Besset a souhaité composer une tragédie, une vraie en cinq actes et alexandrins rimés, comme pour servir d’écrin au feu de cette passion de jeunesse. Et au désastre de sa révélation dans une société peu encline à tolérer ce type de relation, qui verra pourtant son principal héros, Frédéric II, régner en despote éclairé, mettant à profit sa culture, arts et littérature, dont de nombreux auteurs français comme Voltaire, pour diriger, administrer et unifier la nation allemande. Traumatisé par la violence récurrente de son père, il demeura conscient que ses fonctions régaliennes ne devaient par asservir le peuple, mais au contraire assurer à ses sujets une justice plus tolérante et plus égalitaire. Cette tragédie au classicisme revendiqué, dont l’auteur s’amuse souvent à broder des traits d’humour ou de fantaisie coquine, sert ici parfaitement le propos qui est de mêler les grands événements historiques à l’intime des passions injustement sacrifiées.

    Hélène Kuttner 

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