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“Kroum l’Ectoplasme”, première pièce du Collectif des Artisans du Prisme

kroum l'ectoplasme artisans du prisme

© Jean-Félix Laval

Jeune collectif lyonnais, Les artisans du prisme jouaient pour la première fois en février dernier au théâtre de l’Acte 2, puis une seconde fois au théâtre de l’Uchronie en mars. Il présentait au public son adaptation de Kroum l’ectoplasme, une pièce de Hanokh Levin, mise en scène par Arno Léon.

Une comédie au ton cynique

Romancier qui n’a jamais écrit une ligne, Kroum revient dans son village natal après son voyage duquel il n’a rien appris. Son objectif ? Ecrire un roman sur son quartier, en faire du fric et se tirer. Dans ce microcosme vide de sens, tous n’ont rien à se dire, rien à se faire : ils se marient et s’enterrent entre eux pour tuer le temps.

« Maman, je n’ai pas réussi. Je n’ai trouvé ni la fortune ni le bonheur à l’étranger. Je n’ai pas avancé d’un pouce, je ne me suis pas amusé, pas marié, pas même fiancé. Je n’ai rencontré personne. Je n’ai rien acheté et je ne ramène rien. Dans ma valise, il n’y a que du linge sale et des affaires de toilette. »




Pièce écrite dans les années 70, la fatalité qui se dégage de Kroum l’ectoplasme s’inscrit tout aussi bien dans notre époque actuelle. L’ennui, la frustration, et l’espoir vain entraînent les personnages dans une course vers le bonheur qu’ils ne parviennent pas à atteindre. Malgré tout, ils vivent et meurent, rient et pleurent, en se résignant à faire avec ce qu’ils ont.

Une comédie avec de multiples facettes, exigeant une subtilité d’interprétation qui n’a pas échappée aux jeunes acteur.rices. En quittant le théâtre, on ne peut manquer de souligner le talent qui se dégage du jeu des 7 comédien.nes (Arno Léon, Elsa Repellin, Kevin Heslop, Loïs Vial, Thibault Schrevelle, Estelle Ruffin et Lise Gillet).

 

Nous avons donc rencontré avec Arno Léon, metteur en scène et comédien (interprète de Kroum). Comment est né le collectif des artisans du prisme, et par conséquent la pièce ?

J’ai intégré le collectif après sa création, lorsqu’ils m’ont contacté alors que leur premier spectacle avait été annulé à cause de la pandémie. À ce moment-là, j’avais découvert la pièce de Kroum alors que je préparais les concours de l’ENSATT, où l’une des œuvres imposées était une pièce d’Hanokh Levin. Elle m’a donné envie de découvrir le reste de son travail, et j’ai particulièrement accroché avec l’histoire de Kroum. J’en ai discuté avec le collectif, et l’idée leur a plu. On a commencé à répéter, sans savoir qu’on allait finir par jouer la pièce devant un public. C’est comme ça qu’est né le projet. D’ailleurs, tous les acteurs de la pièce ne sont pas nécessairement dans le collectif et inversement.

Kroum L’Ectoplasme est une pièce peu connue du grand public. Quels étaient les enjeux d’un tel choix ?

Hanokh Levin est un auteur israélien très célèbre dans son pays, qui a une écriture très particulière et qui a surtout fait parler de lui en Europe après sa mort. On n’a effectivement pas choisi la pièce la plus connue de l’auteur.

Ça nous a fait rencontrer un public très différent de celui que l’on voit à des représentations plus classiques. On avait à la fois des curieux qui n’avaient jamais entendu parler de l’auteur, mais aussi des connaisseurs avec un œil plus aguerri. C’était vraiment un défi d’amener un texte peu montré en France, avec un titre qui n’est pas vraiment parlant. C’est pour ça qu’on a choisi de faire une mise en scène sans trop d’artifice, avec moins de comédiens. On a aussi intégré un décor pensé pour être efficace et moins de comédiens pour rendre cette pièce plus accessible.

Qu’est-ce qui vous a amené à jouer cette pièce face au public ?

Au début, on a démarché le théâtre de l’Acte 2 pour leur parler de notre spectacle. Il s’est avéré que les gérants étaient des experts du travail d’Hanokh Levin. Le reste est apparu comme une évidence ! Ça nous a aussi donné une nouvelle pression, positive, on a fait de  notre mieux pour être à la hauteur de la pièce, et leur avis était très important à nos yeux. On a mis toute notre énergie dans la pièce. On voulait mettre en valeur ce texte original au ton très cynique. Un ton la fois grotesque et critique du monde dans lequel nous sommes.

Comment as-tu choisi de mettre en scène la pièce, par rapport au texte original ?

Comme je le disais, on a opté pour une mise en scène simple mais efficace. On a tout monté avec les moyens du bord, de A à Z, en demandant de l’aide à des amis. Pour ce qui est de la pièce, on a aussi voulu apporter une nouvelle dimension artistique en amenant notre interprétation, car la mise en scène originale est assez sobre. Par exemple, la personnalité des personnages n’était décrite qu’à travers les dialogues. Ça nous a laissé le champ libre pour s’amuser et les rendre encore plus risibles grâce à la mise en scène. J’ai aussi choisi de rajouter les personnages masqués, qui n’étaient pas du tout dans la pièce originale. Ils servaient notamment à marquer la fracture entre ces gens issus du monde extérieur et la folie des personnages principaux.

Comment était-ce de conjuguer le rôle de metteur en scène et acteur principal ?

C’était un gros défi, car c’est quelque chose qu’on entreprend souvent quand on a déjà du métier, et je n’avais jamais mis en scène avant. Heureusement, j’avais à mes côtés Lise Gillet, qui m’a beaucoup aidé. J’ai aussi été guidé par la troupe, qui m’a permis d’avoir un œil neuf sur mes idées et la façon d’interpréter mon personnage. J’avais tendance à repousser mes scènes et me focaliser plus sur la mise en scène ; c’est un équilibre difficile à atteindre. Le rôle a été peaufiné au fur et à mesure des répétitions, en voyant ce qui marchait ou pas. Certaines scènes, comme le monologue de fin, étaient plus dures que d’autres. Dans tous les cas, ça m’a aussi appris à relâcher la pression et être à l’écoute.

D’un point de vue plus personnel, qu’as-tu appris ou retenu en jouant le rôle de Kroum ?

C’est un personnage qui est dans un entre-deux. Il a beaucoup de prétention, mais il ne fait pas ce qu’il prétend entreprendre. Il représente aussi une pression qui est présente chez les jeunes de notre âge. Celle de devoir décider quoi faire de sa vie et avoir de l’ambition, des questions par lesquelles je suis aussi passées. Kroum peut me ressembler dans sa réflexion, même s’il est très différent de moi dans son caractère. Pour autant, c’est un personnage avec beaucoup de facettes et qui m’a beaucoup touché.

Avez-vous déjà des projets pour la suite, ou des idées sur lesquelles vous aimeriez travailler ?

Pour le moment, on est très contents de ce qu’on a pu vivre en jouant ce premier jet de la pièce. Maintenant, on aimerait la porter encore plus loin en la perfectionnant, et continuer de la jouer. On voudrait avoir de nouvelles dates d’ici la rentrée prochaine. Ce qui est fort, c’est que les premières représentations de Kroum ont déjà débloqué de nouvelles opportunités à travers les rencontres qu’on a pu faire pendant et après la pièce. Dans un futur plus lointain, on a une idée pour un nouveau projet. Je ne serais pas metteur en scène et la pièce n’a rien à voir avec le style de Kroum. C’est un grand classique du théâtre. On a très hâte de voir ce que ça va donner pour la suite !

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Propos de Sophie Garac

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