“La Double Inconstance” ou l’invention du désir
© Marie Liebig
Le metteur en scène et directeur du CDN de Toulouse Galin Stoev présente au Théâtre de la Porte Saint-Martin une nouvelle lecture de la pièce, convoquant le concept de post-vérité pour semer le doute et l’affolement au coeur d’une galerie de personnages en quête de désir et de reconnaissance dans une scénographie de surveillance généralisée. Fascinant et haletant.
Enlèvement
C’est l’histoire d’un Prince, Aymeric Lecerf, qui décide d’enlever une jeune paysanne, Sylvia, Maud Gripon, au prétexte qu’il veut l’épouser alors que la jeune fille en pince follement pour Arlequin, joué par Thibault Prigent. Flaminia, une belle intrigante incarnée par Mélodie Richard, se prend au jeu de la manipulation pour séduire Arlequin et le détourner de Sylvia avec l’aide de sa soeur, la coquette Lisette campée par Clémentine Verdier. Autour de ce quintette gravite Trivelin, campé par Léo Bahon, qui sert le Prince, ainsi qu’un seigneur qui s’amuse du stratagème, Jean-Christophe Quenon. Le génie de Marivaux, qui mêle l’amusement d’un jeu d’enfant à une critique sociale dévastatrice, est de nous conter avec les mots les plus doux une histoire des plus terribles, celle qui prive une jeune fille de son amoureux pour le bon plaisir d’un prince que l’ennui pousse à envier les sentiments naturellement simples de ses sujets.
Destruction d’un amour

© Marie Liebig
Avec son scénographe Alban Ho Van et la vidéo d’Arié van Egmond, le metteur en scène a conçu un espace central en forme de rotonde transparente, véritable laboratoire d’observation scientifique, dans lequel les deux sujets, Sylvia et Arlequin se voient désespérément privés de leur moitié et manipulés comme des marionnettes par leurs supérieurs, le Prince et la redoutable Flaminia. Des toiles peintes naturalistes au kitch verdoyant tapissent les parois de cet aquarium comme pour marquer l’artifice d’un tel stratagème, avec des micros et des caméras placés dans tous les coins. A l’extérieur, un espace de circulation un peu délabré est encombré de vieux bureaux, de téléphones et de magnétophones, d’écrans multiples ou chaque scène est enregistrée, diffusée pour un circuit d’espionnage généralisé. En perpétuelle quête de vérité, le spectateur est chahuté d’un personnage à l’autre, comme le sont Sylvia et Arlequin, tenaillés par leur désir jusqu’à ce qu’un discours rusé et voluptueux ne les perturbe en venant chatouiller leur amour propre et brouiller leurs sentiments en flattant leur ambition sociale.
Sensualité des corps

© Marie Liebig
Par delà ce décor de verre et de parois dérobées, les jeunes acteurs font exploser leur énergie par une sensualité gracieuse et une vitalité qui rendent la pièce très actuelle. Dans des costumes clairs et légers qui dévoilent les silhouettes, ils orchestrent une chorégraphie de mouvements et de pulsions avec une liberté sauvage, expressive, élégante, sans gommer l’impulsivité naturelle de leurs affects. Violence et rage non contenue de Sylvia, malice et naïveté d’Arlequin, somptueuse autorité du Prince, ambivalence diabolique de Flaminia, sans compter le double jeu servile de Trivelin, ils nous promènent et nous rendent voyeurs d’un jeu d’échecs sentimental où les pions sont tous truqués sauf deux, les victimes de cette tractation, Sylvia et Arlequin qui se verront malgré eux passer d’un monde à l’autre. En miroir de nos vies, Marivaux triomphe encore par la force de son théâtre visionnaire et jouissif.
Hélène Kuttner
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