0 Shares 598 Views

    “La Finta giardiniera”, un bain de jeunesse et de musique à la MC93

    Hélène Kuttner 26 mars 2026
    598 Vues

    ©Vincent-Lappartient-OnP

    Production de l’Opéra de Paris, avec les jeunes chanteurs et musiciens de l’Académie, ainsi que l’Orchestre Ostinato dirigé par Chloé Dufresne, la « Finta giardiniera » a été composée par Mozart à l’âge de dix-huit ans. Dans la mise en scène de Julie Delille, la gaieté et l’effervescence du livret et de la musique prennent un élan formidable avec les jeunes artistes dans une double distribution.

    ©Vincent-Lappartient-OnP

    Imbroglios amoureux

    Quelle histoire ! Une fausse jardinière, Sandrina, en réalité une Marquise, est entrée au service du podestat (juge) dans le but de retrouver son ancien amant qu’elle aime encore, le Comte Belfiore, qui l’a poignardée par jalousie et croit l’avoir laissée pour morte. Ce dernier vient d’être nouvellement fiancée à la belle Arminda, la nièce du podestat, alors que ce dernier en pince pour Sandrina, qu’il voudrait bien mettre dans son lit ! C’est sans compter un troisième larron, le chevalier Ramiro, ancien fiancé d’Arminda qui l’a délaissé pour Belfiore, et que Serpetta, la servante du Podestat, aimerait bien épouser de manière à devenir une vraie « dame » mais qui est courtisée par Nardo, de son vrai nom Roberto, ancien serviteur de la marquise, déguisé lui aussi en jardinier. On l’aura compris, le drama gioccoso (drame joyeux) du jeune Mozart, composé sur le livret de l’Abbé Petrosellini, décrit les splendeurs et les misères de jeunes gens en quête perpétuelle d’amour, sur fond de commedia dell’arte où des personnages secondaires, burlesques, se mêlent à des personnages sérieux et sentimentaux qui se croisent dans des intrigues abracadabrantes, complexes et tordues, pour le plus grand bonheur du public.

    ©Vincent-Lappartient-OnP

    Rêve ou réalité ?

    Julie Dellile a choisi de placer ces jeunes amoureux dans un parc aux arbres desséchés, sur une terre aride, qui va progressivement évoluer vers un un univers fantasmatique, aux ondes aquatiques, comme pour donner forme à leurs passions, à leur jalousie et à leur colère. On peut être surpris par ce choix scénographique qui évoque plus Beckett que Mozart avec ses mottes de terre brune et ses rocailles, mais les jeunes interprètes sont tellement vivants, talentueux et investis, que le spectacle prend vie et s’incarne avec beaucoup de chaleur et de sincérité. Isobel Anthony (ou Ana Oniani) est une épatante et vibrante Sandrina, face au formidable Bergsvein Toverud (ou Matthew Goodheart) dans le rôle du Comte Belfiore, ridicule et touchant à la fois. Sima Ouahman (ou Neima Fisher) incarne avec brio et flamboyance Serpetta, dans sa relation orageuse avec Clemens Frank (ou Luis-Felipe Sousa) qui campe Nardo. Yu Shao est impeccable, en alternance avec Kiup Lee, dans le personnage du podestat imbu de lui-même, Daria Akulova (ou Lorena Pires) magnifique en Arminda et Amandine Portelli (ou Sofia Anissimova) propose un Don Ramiro ténébreux et suave, avec un beau timbre de mezzo qui devrait affiner son legato. 

    ©Vincent-Lappartient-OnP

    Songes aquatiques

    Le troisième acte, celui des résolutions, plonge les personnages et les récitatifs dans une atmosphère bleutée, que les indiennes du décor de Chantal de la Coste-Messelière, étoffes fleuries aux couleurs de l’eau qui viennent recouvrir les pierres et les arbres secs, dans les lumières d’Elsa Revol, rendent fantastique. Il faut dire que les costumes inventifs, aux toiles chamarrées et aux camaïeux pastels, que signe Clémence Dellile, rendent les personnages intemporels, comme sortis d’un livre d’images ou d’une série sur Netflix. Les récitatifs introspectifs, les airs d’ensemble d’une fraîcheur juvénile, les duos tendres et les invectives piquantes, à l’égard des hommes par les femmes, des femmes par les hommes, sont d’une incroyable saveur et d’un délice absolu, que la chef-d’orchestre Chloé Dufresne dirige avec finesse et énergie, et surtout un attentif respect de la partition, de l’orchestre et des chanteurs. Une production épatante, accessible à tous les publics, qu’il faut aller vite applaudir à la MC93.

    Hélène Kuttner  

    En ce moment

    Articles liés

    Initié par le Secours populaire, Solid’Art revient pour une 5e édition du 2 au 5 avril au Carreau du Temple
    Agenda
    75 vues

    Initié par le Secours populaire, Solid’Art revient pour une 5e édition du 2 au 5 avril au Carreau du Temple

    Solid’Art, le salon solidaire d’art contemporain du Secours populaire revient pour une 5e édition au Carreau du Temple du jeudi 2 avril au dimanche 5 avril 2026 ! Cet événement unique allie création et générosité : une œuvre achetée, c’est un...

    Découvrez William Pilet dans la nouvelle version de son spectacle “Normal n’existe pas” au théâtre Gaîté Rive Gauche
    Agenda
    865 vues

    Découvrez William Pilet dans la nouvelle version de son spectacle “Normal n’existe pas” au théâtre Gaîté Rive Gauche

    Découvert dans la “France a incroyable talent”, William Pilet arrive sur scène du théâtre Gaîté Rive Gauche et vous propose une toute nouvelle version de son spectacle “Normal n’existe pas”. À ne surtout pas manquer ! “La sagesse ne...

    Gnarls Barkley revient : la nostalgie des années 2000 en version 2026
    Musique
    147 vues

    Gnarls Barkley revient : la nostalgie des années 2000 en version 2026

    La nostalgie des années 2000 agit encore comme une machine à remonter le temps. le retour de Gnarls Barkley, après 18 ans d’absence, en est la preuve. Leur troisième album, Atlanta, est sorti le 6 mars 2026. Produit par 10K Projects/Atlantic Records, il s’agit...