La Promesse de l’aube ou Romain Gary ressuscité – Théâtre du Petit Saint-Martin
On y va tout d’abord par amour du texte de Romain Gary (je préfère relire et réécouter mille fois La Promesse de l’aube plutôt que d’avoir affaire une seule fois de plus à Ma Mère d’Albert Cohen!). En plus du texte, on sait quel conteur extraordinaire fait Bruno Abraham-Kremer. Il ferait voyager n’importe qui avec ses yeux comme des billes aux mille expressions et cette voix, qui se transforme sans heurts et avec talent. L’humour de Gary, son auto dérision, sa douce ironie souvent appliquée à sa mère, sont restituées avec une compréhension et une incarnation presque troublantes par le comédien.
« Tu seras ambassadeur de France ! Victor Hugo, il a été président de la République ! Ah ! la France. » Les paroles de cette mère ivre d’un amour pour une France fantasmée, seul pays à la hauteur de ce fils, demi dieu, frappent le public au visage. Quelle est cette France, même imaginaire, dont parle la vieille dame ? Pourquoi radote-t-elle, pourquoi y tient-elle tant ? Parfois, on ne réalise pas bien l’image qu’un pays peut faire rayonner au-delà de ses frontières et de sa propre réalité.
La fresque historique que livre ce texte, souvent enseigné au collège, est bien sûr importante, précieuse. Mais les collégiens auquel on jette un livre/un thème ; Gary/la Guerre, passent tous à côté de l’essentiel… L’amour d’une mère, l’amour dans ce qu’il a de plus extrême, d’illimité, même après la mort, il peut rester matérielle, la preuve : Nina l’a fait. Et un tel amour vous oblige, écrit Romain Gary, « à manger froid le reste de votre vie. » Kremer s’en sort admirablement, avec pour seul accessoire de jeu une canne, il fait littéralement des merveilles. Il jongle entre les divers personnages, les passages narratifs, les dialogues, avec aisance doublée de justesse. C’est à dire qu’à la fin du spectacle, le noir se fait et, on a vraiment l’impression d’avoir passé une heure et demie avec l’homme aux deux prix Goncourt (un minimum à obtenir pour sa mère). C’est un sentiment formidable, alors Bruno Abraham-Kremer est acclamé. Il laisse un public ému, un peu sonné. Voilà un beau moment de théâtre intime, une performance d’acteur inoubliable.
Notons que les arrangements musicaux, sans jamais devenir envahissants ou parasitants, emmènent au contraire le spectateur dans la sphère du conte, et l’accompagnent tout au long du spectacle. Une réussite en tous points.
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La Promesse de l’aube
Avec Bruno Abraham-Kremer
Mise en scène et adaptation de Bruno Abraham-Kremer et Corine Juresco
Scénographie : Philippe Marioge // Lumière: Gaëlle de Malglaive // Création sonore : Mehdi Ahoudig // Composition clarinette basse : Ghislain Hervet // Costumes : Charlotte Villermet // Images et vidéos : Arno Veyrat // Régisseur général : François Dareys // Assistante : Audrey Nataf
Du 12 janvier au 5 mai 2012
Le mardi, mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 20H45
Samedi à 16h
Tarif : à partir de 35,5 € (25 € pour les adhérents)
Réservations en ligne
Théâtre du Petit Saint-Martin
17, rue René Boulanger
75010 Paris
www.petitsaintmartin.com
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