“Le Chant des Lions” ou la captivante histoire du Chant des Partisans
©Fabienne RAPPENEAU
Dans un spectacle léger et grave à la fois, où la musique est un personnage à part entière, Charlotte Matzneff met en scène l’histoire romancée et bouleversante du Chant de Partisans, la plus célèbre des chansons de la Résistance. On y croise l’écrivain Joseph Kessel, sa maîtresse la chanteuse Germaine Sablon, à une époque où la radio constituait le lien vital d’une population aux abois. Une réussite, pour ne jamais oublier.
“Ami entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?”
Conçu à Londres en mai 1943, le Chant des Partisans, dont la mélodie russe et les paroles emportent chaque auditeur, fut composé par la guitariste russe Anna Marly. L’air plut à l’écrivain Joseph Kessel, qui cherchait un indicatif à l’émission “Honneur et Patrie” à destination de la Résistance intérieure. Il décida donc de réécrire les paroles en français avec son neveu Maurice Druon, alors qu’ils étaient tous deux à Londres, auprès du Général de Gaulle. La mélodie fut régulièrement diffusée par la BBC, alors que les paroles furent imprimées clandestinement dans Les Cahiers de la Libération puis diffusées en France. Chanté d’abord par Germaine Sablon, le chant a été souvent repris, imité et arrangé de nombreuses fois par Joséphine Baker, Yves Montand, Johnny Hallyday, Claude Nougaro, Camélia Jordana ou Noir Désir. Dans le beau spectacle de Charlotte Matzneff, écrit par Julien Delpech et Alexandre Foulon, la chanteuse Germaine Sablon, incarnée par la splendide Marina Pangos, invite les spectateurs à chanter en chœur avec l’équipe. Auparavant, nous avons assisté à la rencontre, en 1935, dans un cabaret à Pigalle, entre le bel écrivain et reporter tout terrain Joseph Kessel et la célèbre chanteuse à la voix chaude, voluptueuse, deux enfants au compteur, une personnalité bien trempée, un pied dans le cinéma et un répertoire réaliste qui tranche avec celui, plus sucré, de ses comparses.

© Fabienne Rappeneau
Coup de foudre dans un verre de vodka
Entre ces deux-là, le Lion (son pseudonyme de résistant) et la divine Germaine, il est inutile de dire que le courant passe très vite et de manière explosive. Qu’importe si Kessel, interprété par Eric Chantelauze, tempérament slave de feu, alcoolique à souhait et collectionneur de relations féminines, est déjà en main avec Katia, que joue Elodie Collin, leur relation qui durera dix ans, la plus intense qu’ait connue l’écrivain, se nourrira d’idéaux humanistes, de jazz, de vodka et d’opium. Marina Pangos, voix de velours et crinière brune, une douceur maternelle et gouailleuse mêlée avec une énergie redoutable, se révèle le coeur intense et vivant de cette histoire. Il faut dire que le couple Kessel-Sablon, que l’on découvre en tourtereaux amoureux dans les années 30, fut brutalement propulsé dans la Résistance, d’abord dans le Sud, en zone libre, puis en Angleterre, refusant la débâcle et la défaite. Autour d’eux, dans un décor radiophonique d’Antoine Milian, dont le speaker et musicien Mehdi Bourayou déploie sa palette de pianiste et percussionniste en direct, il y a Maurice Druon, le jeune neveu de Kessel, campé par Thibault Pinson, et Darrier, chef de la Résistance, que joue de manière poignante, dans toutes les langues, Thierry Pietra. On rit, on est ému, on frémit, et surtout on redécouvre avec beaucoup d’admiration le parcours héroïque d’une chanteuse de cabaret devenue chef de réseau, infirmière et conductrice, tout en continuant de chanter, comme Marlène Dietrich, pour les soldats au front, obtenant ensuite la Croix de Guerre et la Légion d’Honneur. Splendide !

© Fabienne Rappeneau
Hélène Kuttner
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