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Le festival Mimos : l’état actuel de la danse

23 juillet 2014
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Histoire-de-limposture

Mimos

32e édition

Du 28 juillet au 2 août 2014

Périgueux (24)

www.mimos.fr


Le festival Mimos, premier festival européen des arts du geste, présente la création française d’un tout nouveau spectacle, interprété par Josef Nadj et Ivzan Fatjo, accompagnés des musiciens Akosh Szelevényi et Gildas Etevenard : Paysage inconnu. Et comme toujours chez Nadj, les paysages et créatures évoqués sont autant fantasmés que grotesques, et donc réels.

HakanaiRomainEtienne-1Paysages et animaux sont des plus belles obsessions du chorégraphe hongro-serbe. Dans Last landscape (Dernier paysage), d’abord une pièce et ensuite un film, il explorait ses rapports intimes avec les paysages mystérieux de Kanizsa, en Voïvodine, au bord du fleuve Tisza. Auprès de ceux qui suivent son parcours, il a construit une véritable légende autour de ces marécages, leurs ambiances et leur argile. Qu’en amène-t-il dans cette nouvelle création pour deux animaux transcendant le corps humain, deux sceaux et deux baignoires ?

Ici, où le mouvement s’affranchit de la réflexion pour devenir immédiat, nous sommes au cœur de l’univers et de la mythologie de Josef Nadj, artiste associé de cette édition, qui présente également une exposition de ses dessins. Les captations de ses précédents spectacles présentés au festival sont projetées à Cap’Cinéma, la salle principale de Périgueux.


Richesse et excellence chorégraphiques à Mimos… 

Le duo belge de Nicole Mossoux et Patric Bonté, invités réguliers au festival, présente sa dernière création, pertinente, percutante et très dynamisante, Histoire de l’imposture. Depuis bientôt 30 ans, ils mènent leurs recherches sur la relation complexe entre le corps, la conscience et l’inconscient, mais on a rarement vu les interprètes de la compagnie s’agiter autant qu’ici, jusqu’à ce que l’énergie physique déployée se libère dans des danses tribales. Aussi, le duo bruxellois croise costumes anciens et rituels de rave ou techno d’aujourd’hui.

thibaultgregoire-1Car il aime à ausculter l’être social que nous sommes, à partir des clivages intérieurs et de nos gestes (in)volontaires, le duo jette ici son dévolu sur nos codes vestimentaires. Petit à petit, des costumes XVIe siècle remplacent les habits de ville modernes. La valse peut commencer, avec ses gestes de séduction et ses faux sourires. Une grotesque hésitation par-ci, une discordance monstrueuse par-là, les cinq autoportraits révèlent, sous des obus lumineux, ce qui les sépare de leur apparence.

Troisième temps fort : Cesc Gelabert ! Le pionnier de la danse contemporaine espagnole revisite les danses traditionnelles basques pour thématiser leur présence dans l’identité des habitants des provinces euskadi, des deux côtés de la frontière, dans le monde actuel.

À l’opposé, apparemment, on trouve la recherche d’Adrien M. / Claire B. sur l’interactivité entre le geste chorégraphique et les scénographies virtuelles. Leurs environnements en constante métamorphose sont un véritable hommage à l’imagination et au rêve. Dans Hakanaï, leur toute dernière création (2013), une danseuse évolue dans un cube qui devient l’espace de tous les imaginaires. Après la performance, les spectateurs peuvent eux-mêmes explorer l’espace interactif.

Ajoutez à cela deux spectacles de hip-hop et un rappel du ballet romantique dansé sur un piano ambulant, et vous avez une édition qui fait bien plus que ramasser un spectacle de danse par-ci ou par-là.

Au contraire, on y trouve une mise en perspective de la recherche chorégraphique actuelle, entre le rapport aux origines et les quêtes d’avenir, les questionnements philosophiques au sujet de l’humain et le bouillonnement de ses relations sociales…


… sans oublier les troublantes folies des arts du cirque !

Malgré cette richesse en matière de danse, Mimos ne se limite pas à l’art chorégraphique, mais propose au contraire un rendez-vous des arts du corps et du geste au sens le plus large. On y rencontre 22 spectacles en tout, et cela inclut la marionnette, le clown et en cette année avant tout le cirque contemporain.

Prenez Maalâm, intrigant solo de et avec Marlène Rubinelli-Giordano, qui voit une femme s’emparer d’un domaine traditionnellement masculin, le lancer de couteaux ! Derrière une éblouissante épure du geste, on devine la fureur sous-jacente, mais aussi la discipline du zen. Le couteau n’est pas lancé, il s’élance de lui-même.

Maalam_by_Geraldine_Aresteanu-1Rubinelli-Giordano se drape de bleu profond, comme pour rétorquer à Blue Lady, œuvre fondatrice et libératrice de Carolyn Carlson au sujet de l’identité féminine. Les deux artistes ont en partage l’intérêt pour la calligraphie et les arts martiaux. Aussi, la lanceuse s’entraîne dans de véritables pas de deux avec une chaise, s’écrase au sol dans des roulades violentes ou se lance dans une sorte de danse macabre.

Maalam_2Et la voie est libre pour le trapèze, pour s’élever dans les airs alors qu’au sol la pyrotechnique s’embrase. Elle fait brûler tout ce monde qui l’enfermait et vole au-dessus des têtes du public. Voilà qui oblige à émettre une alerte. Les courants d’air pourraient vous incommoder, sans parler des frissons…

Si les compagnies confirmées sont programmées dans le In, des spectacles gratuits sont à voir du matin au soir dans le cadre de Mim’Off. On y découvre chaque année des artistes de haut niveau et certains y commencent une belle carrière.

Thomas Hahn

[Photos: Romain Etienne / Thibault Grégoire / Géraldine Aresteanu]

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