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    Le “Nederlands” à Chaillot : la danse dans tous ses états

    Thomas Hahn 13 mai 2019
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    "Fit" d'Alexander Ekman © Rahi Rezvani

    Trois spectacles pour le prix d’un à Chaillot, par le Nederlands Dans Theater, la compagnie principale des Pays-Bas ! Avec Alexander Ekman et Marco Goecke, on retrouve deux chorégraphes découverts il y a peu, avec le Ballet de l’Opéra de Paris. La troisième pièce est signée Sol León et Paul Lightfoot, directeurs de cette troupe prestigieuse.

    La belle danse, fougueuse et joyeusement divertissante, est prête à enchanter la grande salle du Théâtre National de la Danse, qui n’est autre que le Théâtre National de Chaillot. Alors, qu’est-ce que le NDT 2 ? Dans l’organisation complexe du Nederlands Dans Theater, le DNT 2 qui arrive à Chaillot est une troupe de seize danseurs qui ne cesse d’inviter des créateurs aux écritures chorégraphiques très particulières et personnelles, pour pouvoir présenter, au public mais aussi aux danseurs, les styles les plus divers.

    Le Suédois Alexander Ekman arrive ici avec Fit, une pièce créée pour et par le NDT 2, une danse élégante, chorale, mais aussi pourvue de ce rire espiègle qui a tant séduit le public à l’Opéra de Paris en décembre 2017. Alexander Ekman a dansé au Royal Swedish Ballet, Cullberg Ballet et au NDT 2. Devenu chorégraphe à part entière, il a développé un univers où il a gommé tout écart entre danse classique et divertissement, un style imprévisible, aussi loufoque que grandiose. En un mot : libre. S’il arrive, après Play donné à l’Opéra Garnier, à Chaillot avec Fit, ces titres seuls expriment un optimisme naturel.

    L’Allemand Marco Goecke représente quasiment le modèle opposé. Ekman, le lumineux, le ludique vs Goecke, le ténébreux, le romantique allemand moderne, dont la danse est hantée par des déchirements intérieurs, sur un rythme qui se compte en beats per minute. Le titre de sa création est aussi nocturne que la pièce Dogs Sleep qu’il avait offerte au ballet de l’Opéra de Paris. Le NDT présente Wir sagen uns dunkles, sur des musiques de Franz Schubert et Alfred Schnittke. Ce titre signifie, littéralement : “Nous nous disons des choses sombres.” Mais alors, les danseurs le font à une vitesse vertigineuse, par des gestes souvent répétitifs, parfois mécaniques ou même obsessionnels. Goecke opère un retour à l’expressionnisme, créant des images emplies de cris muets et de hurlements silencieux.

    Avec Sol León et Paul Lightfoot, c’est un soupçon de ballet romantique qui réconcilie les déchirements romantiques. Signing Off offre la légèreté aérienne, la musicalité, les unissons, les portés qui ravissent les amateurs de ballet depuis toujours. La psychologie  des personnages est moins abstraite, plus ancrée dans l’instant sans pour autant se mettre au service d’une narration. Les sentiments sont variés et on y trouve de jeunes héros potentiels, des histoires d’amour qui ne demandent qu’à se développer dans l’imagination du spectateur. Et pourtant, des expressions, des attitudes, des constellations – sans parler de la musique de Philip Glass – ouvrent parfois des portes vers les pièces d’Ekman et de Goecke. Ce qui montre deux choses. Premièrement, que toute pièce de danse est d’une formidable épaisseur et richesse dans ses ambiances et ses émotions. Et d’autre part, que León et Lightfoot ne sont pas seulement les chorégraphes et directeurs artistiques du NDT, mais qu’ils savent aussi associer avec finesse les œuvres offertes à leur troupe.

    Thomas Hahn

     

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