0 Shares 976 Views

Le rêve chinois d’Angelin Preljocaj

Thomas Hahn 4 décembre 2017
976 Vues

La Fresque © Jean Claude Carbonne

« La Peinture sur le mur », ou bien : « La Fresque » : Un conte chinois du XVIIe siècle, une histoire d’amour onirique, spirituelle et merveilleuse, recréée pour la scène en images dansées par Angelin Preljocaj. Pour la première fois ces tableaux somptueux, embellis par les costumes d’Azzedine Alaïa, font escale à Paris.

Et c’est à Chaillot – Théâtre National de la Danse (dans le cadre de la programmation danse du Théâtre de la Ville) que le maître de ballet (comme on l’aurait appelé en d’autres temps) d’Aix-en-Provence présente cet opus qui charme l’œil et l’imaginaire. Pour la première fois, Preljocaj dédie expressis verbis une pièce à un public familial, sur suggestion du directeur du Théâtre de la Ville, Emmanuel Demarcy-Motta.

“La Fresque” © Jean Claude Carbonne

Un contre merveilleux

Le conte y est pour quelque chose, et inversement. Cette légende chinoise du XVIIe siècle voit les messieurs Chu et Meng, deux voyageurs, arriver, un jour de fortes pluies, dans un monastère isolé où un moine leur offre l’hospitalité. Pour les émerveiller un peu, il leur fait découvrir des salles aux murs couvertes d’une fresque somptueuse où des filles dansent en ronde, aux abords d’une pinède. L’une d’elles cueille des fleurs et Chu tombe amoureux de ses yeux cristallins. Elle lui sourit, il la suit jusque dans sa chambre…

Mais l’histoire se termine mal, avec l’arrivée d’un effrayant père fouettard. Est-ce le moine qui frappe contre le mur pour faire revenir Chu, qui avait disparu? Revenu aux côtés de son camarade Meng, Chu voit que la fille de la fresque porte désormais le chignon des femmes mariées. Emplis de frissons, Chu et Meng reprennent leur voyage…

“La Fresque” © Jean Claude Carbonne

 

Un songe chorégraphique

Angelin Preljocaj voit dans cette histoire non seulement une échappée vers nos rêves les plus doux, mais aussi la révélation d’une transcendance mystérieuse entre le réel et sa représentation, une interrogation sur le pouvoir de l’image et un questionnement de la danse, voire de l’art en général dans nos vies.

« La Fresque » n’est cependant pas un spectacle narratif, comme l’était « Blanche Neige ». Ici, Preljocaj se laisse inspirer par certains moments-clé et surtout par l’ambiance doucement bucolique et ensuite dramatique de l’histoire. Ni abstraite comme ses « Empty Moves », ni concrète comme dernièrement « Les Nuits », cette rêverie chorégraphique le révèle en tant qu’impressionniste et poète. « Une sorte de calligraphie chinoise avec le corps », dit-il.

“La Fresque” © Jean Claude Carbonne

Reflets de cheveux, jupes de rêve

Constance Guisset, styliste, designer et scénographe (elle signe aussi les décors de « Les Nuits ») plonge les danseurs dans la douce lueur de reflets aquatiques qui mettent en valeur les longs cheveux des danseuses, élément-clé du conte. Et les costumes signés Azzedina Alaïa – avant tout les jupes des filles, très coloriées et pleines d’effets visuels – ajoutent une dimension palpable à tant de matière rêvée et immatérielle.

Il faut bien sûr saluer la mémoire d’Azzedine Alaïa qui vient de nous quitter à l’âge de 77 ans et dont « La Fresque » est la dernière collaboration à une création pour la scène. Voir ses costumes s’envoler sur les corps des danseuses de Preljocaj, dans un va-et-vient entre la scène et un ailleurs imaginaire, confiera une émotion supplémentaire à ce voyage dansé. « La Fresque » possède les qualités philosophiques et sensorielles d’un conte qui trouble et fascine enfant et adultes. Une belle histoire à raconter la veille, pour la voir dansée le lendemain.

 

Thomas Hahn

Articles liés

Festival Silhouette – Parc de la Butte-Du-Chapeau-Rouge
Agenda
23 vues
Agenda
23 vues

Festival Silhouette – Parc de la Butte-Du-Chapeau-Rouge

Le Festival Silhouette revient pour sa 17e édition du 24 août au 1er septembre 2018 au Parc de la Butte du Chapeau Rouge, Paris 19e ! 9 soirées de projections de courts métrages en plein air précédées de concerts,...

“L’École est finie” : les profs dans le cinéma français
Cinéma
115 vues
Cinéma
115 vues

“L’École est finie” : les profs dans le cinéma français

Sortir un film sur l’école début juillet, stratégie payante ou non ? C’est en tout cas le pari tenté par le deuxième film d’Anne Depetrini, qui voit la prof d’anglais jouée par Bérengère Krief mutée dans une contrée reculée....

Festival de Lacoste 2018
Agenda
45 vues
Agenda
45 vues

Festival de Lacoste 2018

Créé par Pierre Cardin il y a dix-huit ans dans le lieu insolite, surprenant et inoubliable que sont les Carrières du château du Marquis de Sade, ce festival voué au théâtre, à la danse et à l’opéra offre au public la découverte de jeunes chanteurs à l’aube d’une carrière prometteuse.  ...