0 Shares 1808 Views

“Le Système Ribadier” : un Feydeau explosif

Hélène Kuttner 7 février 2020
1808 Vues

© Céline NIESZAWER

Aux Bouffes Parisiens, Ladislas Chollat s’attaque à Feydeau, à travers une pièce intimiste qui envoie une épouse maladivement jalouse dans les bras de Morphée par la magie de l’hypnose. Pour incarner le trio amoureux, Valérie Karsenti, Patrick Chesnais et Pierre-François Martin-Laval rivalisent de talent et d’énergie pour notre plus grand plaisir.

Comment endormir les femmes ?

Monsieur Ribadier a un secret pour se libérer de la terrible jalousie de sa femme : il a trouvé le moyen prodigieux de l’endormir à tout moment pour sortir de la maison conjugale et profiter de sa vie d’homme. L’effet de son secret est sidérant, mais en le confiant à son ami Thommereux qui rentre juste d’un long exil à Batavia, son plan ne réussit qu’à moitié et sa femme se réveille trop tôt ! Quiproquos, tromperies et mensonges sont les ingrédients très réussis de cette pièce en trois actes montée par Ladislas Chollat avec d’excellents comédiens. Valérie Karsenti, élégamment vêtue d’une robe à crinoline noire en dentelle, impose sa présence gracile et son charme mutin au personnage d’Angèle, bien décidée à ne pas souffrir dans son second mariage les trahisons innombrables que lui a fait subir son premier mari qui consignait par le menu tous les stratagèmes de ses frasques coquines.

Atmosphère surréaliste 

© Céline NIESZAWER

La scénographie astucieuse d’Emmanuel Charles dessine une maison en forme de coquille géante, qui déploie ses colonnes et ses fenêtres de guingois, avec des lignes de fuite biscornues dans les teintes de gris et de violet. Le ton est donné, celui d’un univers entre rêve et cauchemar, où les nappes ont la couleur des corbillards et les tables des tombes. Pierre-François Martin-Laval irradie dans le rôle du mari frétillant de désir et de mauvaise foi, qui s’ennuie aux Chemins de Fer et rêve de finir la soirée au cabaret avec une coquine. Quant à Patrick Chesnais, l’amant exilé et dindon de la farce, il excelle dans la fanfaronnade et la tendresse démonstrative, toujours drôle dans ses pantalons d’explorateur des colonies du XIXe siècle, bien qu’il n’ait pas l’âge du rôle. Sa présence sur scène, sa sincérité dramatique et son sens de la répartie sont un régal et on pardonne les quelques longueurs additionnelles dans certaines scènes qui donnent la part belle à la poésie comique. Benoit Tachoires (Savinet), Elsa Rozenknop (Sophie) et Emmanuel Vérité complètent cette efficace distribution. Une réussite.

Hélène Kuttner

Articles liés

Mat Bastard : “C’est le disque le plus complet et le plus abouti. Il nous permettra d’aller encore plus loin sur scène”
Musique
179 vues

Mat Bastard : “C’est le disque le plus complet et le plus abouti. Il nous permettra d’aller encore plus loin sur scène”

Skip The Use revient avec un nouveau single Human Disorder ! Après deux ans d’absence due à la crise sanitaire, le groupe annonce un nouvel album. Le chanteur Mat Bastard nous parle de Skip post-confinement et leurs futurs projets....

“Nos paysages mineurs”, entre théâtre et cinéma au Théâtre 14
Agenda
69 vues

“Nos paysages mineurs”, entre théâtre et cinéma au Théâtre 14

Une vie d’amour résumée en une heure de trajet en train : voici le pari, poétique et romantique, de Nos paysages mineurs, dernière création de Marc Lainé. Dans cette pièce elliptique aux accents cinématographiques que l’on contemple à travers les...

Découvrez l’opéra “L’amor conjugale” à Levallois-Perret
Agenda
73 vues

Découvrez l’opéra “L’amor conjugale” à Levallois-Perret

Une épouse téméraire se travestit afin d’être engagée comme geôlier dans une prison et de secourir son mari, injustement détenu : l’histoire de Léonore, inspirée du roman français de Jean Nicolas Bouilly, nous est bien connue grâce à l’unique...