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« Le Voyage de G. Mastorna » à la recherche de Fellini

©Vincent PONTET

Marie Rémond part sur les traces de Frederico Fellini en installant les acteurs du Français sur un tournage préparatoire au film qu’il n’a jamais pu tourner. Le théâtre se mue donc en cinéma, et le réel plonge dans les affres de la création, les névroses d’un cinéaste rêveur et mégalomane. Malgré des acteurs très investis, ce spectacle en forme de voyage nous laisse au bord du chemin.

L’histoire d’un projet délirant

©Vincent PONTET

L’idée du spectacle est séduisante. Traquer les étapes de l’élaboration d’un film, en saisir les cauchemars et les rêves, d’autant qu’ils appartiennent à l’univers d’un des plus grands cinéastes du 20° siècle, Frederico Fellini (1920-1993) et que ce projet, écrit et pensé en 1965 alors qu’il est au sommet de sa gloire, n’a jamais abouti de son vivant ! Trop mégalomane, trop cher, obscur et métaphysique à la fois, le scénario qui trottait dans la tête de l’artiste italien rêvant de l’épopée onirique d’un violoncelliste n’a jamais eu l’approbation de son producteur Dino de Laurentis et à la veille de commencer à tourner, Fellini tombe mystérieusement malade. Les croyances d’un ami mage, ainsi que ses propres angoisses, souvent mortifères, mirent définitivement fin au projet de film qui devint, à la fin de sa vie, une bande dessinée écrite par lui-même et dessinée par Milo Manara.

Archéologie scénique

©Vincent PONTET

Après « André » sur les traces du tennisman Agassi, « Wanda » sur celles de l’actrice Barbara Loden, et plus récemment « Comme une pierre qui … » formidable spectacle autour de la création de la chanson de Bob Dylan avec Sébastien Pouderoux à la Comédie Française, Marie Rémond repart vers le grand écran avec une disposition scénique en bi-frontal et ses camarades Thomas Quillardet et Aurélien Hamard-Padis pour l’adaptation. Une aile d’avion suspendue, souvenir d’un voyage aérien qui a failli mal tourner, un comptoir d’agence pour partir dans l’au-delà, ainsi qu’une loge de maquillage et de perruques et des vêtements aux couleurs vives suspendus aux cintres servent de décor au plateau de tournage où trône, fébrile, Serge Bagdassarian coiffé du chapeau mou du maître. Il va, vient, hésite, rêve puis rétrograde, navigue entre l’excitation et le désespoir devant des collaborateurs qui s’efforcent de l’assister comme ils peuvent. 

Compositions amusantes

©Vincent PONTET

Look seventies, pantalon à pattes d’éléphant et cheveux longs décolorés, Jérémy Lopez s’en donne à coeur joie dans la composition de l’assistant tout terrain qui dégaine à chaque désir. Avec sa perruque courte et bouclée, Jennifer Decker est l’assistante maternante et hyper attentionnée, qui panse toutes les déconvenues, tandis que Georgia Scalliet se mue en actrice de cabaret avant de se faire la  dégaine drôlement candide de Giulietta Masina. Altier, énigmatique et beau ténébreux, Laurent Laffite est l’ami de toujours, Marcello Mastroianni, celui qui campe G. Mastorna. Nicolas Lormeau, Alain Lenglet, Yoann Gasiorowski complètent cette galerie de personnages évoluant entre le rêve et le réel du réalisateur, cherchant quoi faire, qui être, pourquoi agir. Cette quête de sens, dans un univers brumeux mais saturé d’accessoires et de personnages réalistes, finit par nous perdre alors qu’on aurait bien aimé, pourtant, être embarqués.

Hélène Kuttner 

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