0 Shares 888 Views

Les Chiens de Navarre et la famille, une joyeuse explosion

© Philippe Lebruman

Le collectif  Les Chiens de Navarre est attendu pour chacun de ses spectacles par un public enthousiaste qui se réjouit de son humour dévastateur. Avec Tout le monde ne peut pas être orphelin, la farce délirante est au rendez-vous. Le rire et le désastre sont de mèche pour dynamiter avec  insolence la sacro-sainte famille.

Tout commence par un repas de famille le jour de Noël. Sur le plateau dont le dispositif est bi-frontal, la table est dressée. Parents, enfants et conjoints sont réunis. On pourrait se croire à La Noce chez les petits bourgeois de Brecht ou dans un tableau classique de fête familiale. Mais à partir de cette vignette traditionnelle au pied du grand sapin illuminé, le dérapage vire au champ de bataille. Des scénettes et épisodes déjantés vont se succéder sans linéarité mais toujours orchestrés dans l’optique de détruire les clichés liés à la famille. La provocation va jusqu’à l’outrance et s’en prend à tout ce qui mérite communément respect et compassion. La naissance, les fusions charnelles avec le bébé puis l’infanticide, le bonheur de devenir grand-parent, les jalousies et envies de meurtre dans la fratrie, puis la vieillesse des parents, la mort et le retour à l’enfance du père sénile, toutes les étapes d’un parcours familial sont passées au crible de la comédie cruelle et d’une hilarité ravageuse.

© Philippe Lebruman

Sans limites, le metteur en scène Jean-Christophe Meurisse donne à voir dans un esprit grand-guignolesque les pulsions sous-jacentes de la cellule familiale. Il s’amuse des cruautés qui s’accoquinent aux mièvres apparences. La formidable troupe qui a l’air incontrôlable conduit en réalité son démontage avec une époustouflante maîtrise et une forte générosité de comédiens qui ne reculent devant rien. Les corps nus et les scènes symboliques de meurtre, le réalisme de la dépendance physique liée à l’âge, sont des séquences de loufoquerie tendre quoiqu’acide. L’inventivité sur le plateau est incessante et la folie des gags est une jubilation pour les spectateurs. L’ambiance de fête qui enveloppe les propos corrosifs emportent le public dans un rire non-dénué de sollicitude pour cette réalité humaine qui concerne tout le monde.

La troupe des Chiens de Navarre est au meilleur de sa forme. Deux comédiens des Deschiens les ont rejoints, Lorella Cravotta et Olivier Saladin, qui ne lésinent pas, et ce pour le plus grand plaisir des spectateurs, sur l’audace à rebours de tout classicisme. La satire qui compose ce spectacle est un joyau de liberté créatrice. Elle s’en prend ici à un pilier fondateur de chacun de nous, à moins d’avoir la chance d’être orphelin, comme l’indique le titre puisé dans Poil de carotte de Jules Renard.

Emilie Darlier-Bournat

Articles liés

Galerie Artistik Rezo – La playlist d’Andrea Ravo Mattoni
Musique
48 vues

Galerie Artistik Rezo – La playlist d’Andrea Ravo Mattoni

Faute de pouvoir peindre dans la rue, les artistes de la galerie Artistik Rezo vous partagent leurs musiques préférées pour bien vivre le confinement. Andrea Ravo Mattoni est né à Varese le 7 avril 1981 dans une famille d’artistes....

Urban Art Fair se réinvente pour sa 5e édition parisienne ! – Reportée du 11 au 14 juin 2020
Agenda
495 vues

Urban Art Fair se réinvente pour sa 5e édition parisienne ! – Reportée du 11 au 14 juin 2020

Du 23 au 26 avril 2020, la première foire internationale dédiée à l’art urbain accueille sous la verrière du Carreau du Temple 41 exposants emblématiques de la scène française et internationale. Espaces d’exposition étendus, programmation inédite, Urban Art Fair...

6 documentaires pour mieux comprendre la musique électronique
Musique
88 vues

6 documentaires pour mieux comprendre la musique électronique

Passionnés de musique électronique ou simples curieux, voici une liste de 6 documentaires qui vous aideront à mieux comprendre l’histoire de ce gigantesque univers musical : de ses racines américaines, son évolution au fil des années ainsi que ses...