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    “Les Étoiles” de Simon Falguières, météorites poétiques et charnelles

    Hélène Kuttner 8 janvier 2023
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    ©Simon-Gosselin

    On l’avait quitté au dernier Festival d’Avignon avec treize heures d’une épopée homérique où se croisaient les odyssées de Gabriel et de la princesse Anne. On retrouve aujourd’hui Simon Falguières au Théâtre de la Tempête avec un spectacle intime et merveilleux, où l’enfance d’un héros croise la mort de sa mère et la rencontre avec des fantômes mythiques qui vont l’aider à retrouver le langage. John Arnold et Agnès Sourdillon sont quelques-uns des formidables comédiens de ce spectacle puissant et beau.

    Entre Claudel et Tchékhov

    ©Simon-Gosselin

    Simon Falguières est un jeune homme déjà plein de valises de livres, de poésie et de cinéma, qui sait choisir ses mots et ses acteurs qu’il dirige avec la délicatesse d’un chef d’orchestre épris de symphonies humaines. Les dialogues, les envolées poétiques, les descriptions de paysages sont chez lui portés par des comédiens formidables. Tout commence comme dans un conte, dans une grande maison de bois baignée de lumière conçue par le scénographe Emmanuel Clolus, création lumières de Léandre Sans. Un garçon, Ezra, campé par Charlie Fabert, assiste à la mort brutale de sa mère, émouvante Agnès Sourdillon, tandis que son oncle, inadapté à la vie sociale, construit des figurines de bois qu’il peint de manière naïve. Stanislas Perrin, haute carcasse blonde de Viking, les jambes plantées dans le sol mais la tête qui flotte, donne à cet Oncle Jean une humanité démente, déchirée et d’une violence enfantine. Cette humanité dense et entière, cette poésie de la sculpture du bois et de la terre, Pierre, le père d’Ezra, incarné par le magnifique John Arnold, la possède aussi, lui qui pleure sa femme et reste un enfant quand il faut l’enterrer. 

    Du théâtre de texte pour les acteurs

    ©Simon-Gosselin

    John Arnold prête à ce père nommé Pierre un coeur cabossé de vieil enfant, et son fils, bercé longtemps par les mots, les histoires de sa mère Zocha, ne s’en remet pas non plus. Ni la douce Sarah, son amante de coeur et de corps, jouée par la fraîche Pia Lagrange, ni Mathilde, la responsable des pompes funèbres, pourtant si avenante, ne peuvent consoler les deux hommes. C’est la comédienne Mathilde Charbonneaux, déjà repérée dans Le Nid de cendres, qui incarne la féminine croque-mort , en même temps qu’elle se métamorphose avec la magie d’une baguette, en un Dionysos démoniaque et furieux, les yeux noirs de colère, l’écume aux lèvres et le corps agité de soubresauts clownesques dans un drôle de costume tout blanc. Car Ezra, héros et poète, oublie ses mots quand sa mère meurt. Mais les fantômes des personnages racontés dans les histoires maternelles, son théâtre mental, se réveillent dans son sommeil qui va durer très longtemps. Zocha, elle-même, prend la forme d’une fée, s’amuse à apparaître et à jouer avec Dionysos, à traverser les océans et à faire vivre les mythes grecs de cette épopée grotesque et onirique. 

    De la Bible aux marionnettes d’Ingmar Bergman

    ©Simon-Gosselin

    Des Cyclades aux campagnes normandes, de la Provence à l’ile de Farö en Suède, avec ses piliers de calcaire, où le réalisateur et amoureux du théâtre Ingmar Bergman a tourné ses films, les personnages de cette petite tribu familiale migrent, entre réalité et fantasmes, rêve et réalité. L’auteur et metteur en scène nous ouvre la porte géographique et émotionnelle de ses rêves et de ses cauchemars, qui prennent la forme des doubles de chacun avec ses naissances, ses disparus et ses cabossés de l’existence. Un théâtre qui brasse l’humain avec la poésie et la trivialité des mots, ceux qui écorchent et caressent le coeur. C’est incarné de manière puissante et cela fait beaucoup de bien.

    Hélène Kuttner

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