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    “Les petites rapporteuses” nous ravissent au Lucernaire

    Hélène Kuttner 27 avril 2022
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    © Heloise Parsy

    Trois comédiennes chanteuses et danseuses nous proposent un épatant spectacle musical sur les débuts de la télévision couleur qui pioche abondamment dans les textes décapants de Pierre Dac. Dans une mise en scène virevoltante de Léonie Pingeot, le piano s’emballe et le public aussi.

    Qui se souvient des années 60, de la folie consumériste de ces années d’économie glorieuse, de la féérie des speakerines lisses et impeccables qui nous racontaient la météo ou décryptaient le fameux jeu du Schmilblick, animaient les publicités sur la purée Mousseline ou les collants DIM ? Tout le monde, tant ces années et ces images sonores font partie de notre ADN national et reviennent aujourd’hui sur la scène et dans les films comme une nostalgie salvatrice. Léonie Pingeot, la metteure en scène, réussit à concocter un spectacle formidable, émaillé de textes du génial Pierre Dac qui met en pièces, en miettes l’efficacité de la mécanique de la consommation et de ces nouveaux modes de vie. 

    © Alexandre Janonato

    Dans un décor qui figure un studio télévisé, Julie Badoc ou Kim Schwarck (en alternance), Léa Dauvergne et Lisa Garcia en chignons choucroute, les fesses moulées dans des jupes fuseaux et perchées sur des talons aiguilles, campent ces créature de la modernité efficace et coquine, qui place les femmes à coté des handicapés et des travailleurs étrangers. Puisant dans les archives de l’ORTF, le spectacle enchaîne à un rythme d’enfer les gags et les calembours des émissions de cuisine autour du « water pudding », surfant sur le faux mystère des jeux à la manière de Jacques Tati ou des slapstick américains. Les comédiennes sont belles, ont un tonus d’enfer et une voix pour chanter parfaitement les swings de l’époque remixés par Serge Gainsbourg. C’est drôle, vif, édifiant sur la manière dont s’est fabriqué, pour hypnotiser l’auditoire, le petit écran, en faisant de ces jeunes délicieuses jeunes femmes les sirènes d’une modernité fantasmée que le piano enchanteur de Didier Bailly ou Daniel Glet achève de parfaire.

    Hélène Kuttner

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