0 Shares 1403 Views

    Les Vaisseaux du cœur – Théâtre du Petit Montparnasse

    28 mars 2014
    1403 Vues
    Lesvaisseauxducoeur_40x60Bdef-1

    Les Vaisseaux du cœur

    De Benoîte Groult

    Mise en scène de Jean-Luc Tardieu

    Adaptation de Josiane Pinson

    Avec Josiane Pinson et Serge Riaboukine

    A partir du 4 février 2014
    Du mardi au samedi à 19h et le dimanche à 17h

    Réservations par tèl au 01 43 22 77 74

    Durée : 1h20

    Théâtre du Petit Montparnasse
    31, rue de la Gaîté
    75014 Paris
    Métro : Gaîté ou Edgar Quinet

    Le triomphe de l’amour

    Un texte splendide d’une crudité qui fit scandale à sa parution mis en scène avec une immense pudeur et beaucoup de romantisme. Serge Riaboukine et Josiane Pinson forment un très beau couple de théâtre pour cette histoire d’un amour fou, inconditionnel et fusionnel au-delà de tout.

    Ils se sont connus adolescents en Bretagne. Lui, marin pêcheur, elle, petite bourgeoise intello parisienne en vacances. Tout les oppose. Ils vont pourtant s’aimer. A la folie. Passionnément. Clandestinement. Lui va se marier mais voyager. Elle aussi, puis divorcer et forcer le destin pour que leurs chemins deviennent carrefour le temps de retrouvailles aussi sporadiques qu’intenses. Leur carte du tendre ? Une mappemonde. La planète comme nid de leurs amours. En trente ans, ils se verront une demi-douzaine de fois. A Dakar. A Vézelay. En Floride. Aux Seychelles. Parfait pour que leurs « premières nuits  ne ressemblent jamais à la dixième ». Parfait surtout pour un couple qui trouve dans la sexualité toute la force de son amour. Un amour hors normes, hors des conventions sociales. Libre.

    Sorti en 1988, le roman de Benoite Groult, féministe affirmée, provoque un scandale. Jamais la sexualité n’avait été abordée avec autant de frontalité, de crudité anatomique de la part d’une femme. La plume de l’écrivain ne casse pourtant pas devant ce que les pudibonds considèrent comme des écueils au romanesque de son œuvre, elle se fait même poétique, romantique mais directe. Comme si le personnage féminin s’appropriait le langage de son rustique bonhomme pour mieux symboliser leur fusion totale, parfaite, inaltérable.

    lesvasseauxducoeurAimer jusqu’à la déraison…

    Sur le thème pourtant éculé des opposés qui s’attirent, la vénérable septuagénaire (à l’époque de la parution, elle à aujourd’hui 94 ans) tisse une folle histoire d’amour et de sexe. Une histoire où les corps se reconnaissent, pas les cerveaux. Une histoire où chacun se veut, se désire mais surtout une histoire fortement empreinte de libération sexuelle chez la femme. L’héroïne s’appelle d’ailleurs George, en hommage à Sand bien sûr, et, en dépit de son attirance pour cet homme dont elle aime tout, sa rusticité, sa violence, son accent, elle veut rester elle-même. Aimer jusqu’à la déraison mais pas à en perdre la raison…

    A cette force réaliste du texte, la scénographie oppose quelque chose de plus vaporeux. De longs voiles (longues voiles ?) descendent à la verticale qui suggèrent successivement les draps des étreintes, les brumes des quais, les écumes caressantes de la mer, conférant au dispositif scénique une douceur ouatée, un contrepoint de pudeur que renforce les éclairages tout en délicatesse du maître Rouveyrollis.

    En dépit d’une mise en scène au découpage un peu trop hachuré, les deux comédiens livrent une composition d’une belle sobriété. Adaptatrice du texte, Josiane Pinson, narratrice et personnage principal, possède cette grâce quasi aristocratique qui lui permet de tout dire sans grossièreté ni vulgarité. L’intelligence de son jeu conjuguée à celle de son partenaire Serge Riaboukine, excellent comédien au cinéma (vu chez Salvadori notamment), qui est un Gauvain plus vrai que nature, rend à cette histoire d’amour fou toute sa tendresse. Leur couple fonctionne à merveille, fait rire, émeut. On croit sans ambages à cette liaison hors norme, palpitante, trépidante. On largue les amarres à bord de ces vaisseaux-là. Avec délectation. Avec jouissance…

    Franck Bortelle

    [Photo : Ingrid Mareski]

    En ce moment

    Articles liés

    « Le Château d’Orgon » : une comédie décapante qui balaye tous les clichés de la bien-pensance
    Spectacle
    319 vues

    « Le Château d’Orgon » : une comédie décapante qui balaye tous les clichés de la bien-pensance

    Au Studio Hébertot, huit jeunes comédiens nous réjouissent dans une comédie acide signée Guillaume Gallix, inspirée de Molière et Goldoni, qui raconte la ridicule aventure d’un père de famille veuf, propriétaire d’un somptueux domaine avec château, qui convoque enfants...

    « Mentor » ou la relation d’emprise entre un maître et son élève
    Spectacle
    667 vues

    « Mentor » ou la relation d’emprise entre un maître et son élève

    Au Studio Hébertot, Lara Aubert interprète une jeune contrebassiste sous l’emprise de son professeur, dans une pièce poignante qu’elle vient d’écrire. A ses côtés, Alexis Desseaux campe l’enseignant virtuose et manipulateur, dans un cours de musique ou la complicité...

    Ville autoportrait – Sébastien Mehal
    Art
    564 vues

    Ville autoportrait – Sébastien Mehal

    Curatée par le collectif TAK Contemporary, l’exposition personnelle de Sébastien Mehal, présentée à la Galerie Hoang Beli, convoque la ville comme un corps collectif façonné par nos psychologies individuelles. Les œuvres sont tissées comme un patchwork de points de...