0 Shares 511 Views

Love, Love, Love, que reste-t-il de notre insouciance ?

Hélène Kuttner 7 décembre 2018
511 Vues

© ludo leleu

C’est par cette chanson des Beatles que débute cette création de Nora Granovsky d’une pièce inédite de l’Anglais Mike Bartlett. Quatre jeunes comédiens épatants balayent des tranches de vie depuis les années 70 à nos jours, sur fond de névroses libertaires et de luxe mal digéré. Passionnant et déroutant à la fois.

© ludo leleu

Une écriture cinglante

Henry attend sa petite amie Sandra tandis que son frère Kenneth, censé suivre les cours de l’Université d’Oxford, se la coule douce dans son canapé, avachi sur un verre de whisky. Le premier est sérieux, travaille déjà et écoute de la musique classique. Le second est jouisseur, paresseux et plus rock, mais a l’avantage de plaire à Sandra qui débarque de manière totalement libre et délurée. « Love, Love, Love » des Beatles fait vibrer le tourne-disque, et quelques joints plus tard ils se retrouvent tous deux enlacés et à moitié nus, au grand dam de Kenneth. Les dialogues de Mike Bartlett sont cinglants à souhait, vifs, d’un humour vachard et envoient des flèches qui percutent le réel en le cernant de plus près. On retrouve ensuite les personnages, vingt ans plus tard, en 1990 sous Margaret Thatcher, installés bourgeoisement dans un quartier résidentiel lors d’un anniversaire qui va mal tourner.

© ludo leleu

Des comédiens épatants

Scènes violentes, échanges trépidants, tirades assassines, la saveur de ce texte acide est porté par un quatuor de jeunes comédiens que Nora Granovsky dirige de manière très juste, très libre, qui fait penser au groupe TgStan. Jeanne Lepers, grande fille au corps élastique et au regard fluorescent, est de ce point de vue assez sensationnelle, d’un engagement et d’une présence sans temps mort, terrible et drôle à la fois dans le personnage de la mère, égocentrique et hystérique. Plastique lui aussi, d’une finesse et d’une intelligence de jeu remarquable, Bertrand Poncet passe du beatnik de luxe au père de famille désaxé mais sacrément cliché, tandis qu’Emile Falk-Blin, présence féline et sauvage, devient le fils précoce et marginal, héritier de la névrose familiale. 

© ludo leleu

Le règlement de compte des héritiers

De quel monde les enfants des soixante-huitards héritent-ils ? Et où sont passées les utopies de leurs parents ? Juliette Savary, qui joue Rose, la jeune violoniste malheureuse en amour, viendra dans la dernière partie, à l’époque actuelle, celle des subprimes et des retraites capiteuses, demander des comptes à ses parents, réclamer elle aussi une part du gâteau familial, Dans ce spectacle des égoïsmes successifs, l’auteur pointe aussi une crise des valeurs sociales, des parents qui se comportent comme des enfants et vice versa, un manque de responsabilité à tous les niveaux. Du théâtre remue méninges qui nous réjouit par sa vitalité et qui va droit au but, comme sur un ring de boxe, plaisir du spectateur garanti.

Hélène Kuttner

Articles liés

Les Moissonneurs, en salle le 20 février !
Agenda
22 vues
Agenda
22 vues

Les Moissonneurs, en salle le 20 février !

Afrique du Sud, Free State, bastion d’une communauté blanche isolée, les Afrikaners. Dans ce monde rural et conservateur où la force et la masculinité sont les maîtres-mots, Janno est un garçon à part, frêle et réservé. Un jour, sa...

Le Génie du Vin, le premier wine woman show au Théâtre du petit gymnase!
Agenda
30 vues
Agenda
30 vues

Le Génie du Vin, le premier wine woman show au Théâtre du petit gymnase!

Le Génie du Vin est le premier Wine Woman Show de l’histoire de France, aussi bien accessible aux férus de vin qu’aux néophytes. On peut rire avec le vin même sans en boire. C’est l’histoire de 3 “desperates housewines” aux...

Savannah Bay, l’oeuvre de Marguerite Duras reprend vie au Lucernaire!
Agenda
38 vues
Agenda
38 vues

Savannah Bay, l’oeuvre de Marguerite Duras reprend vie au Lucernaire!

” Tu es la comédienne de théâtre, la splendeur de l’âge du monde, son accomplissement… “ Marguerite Duras compose une pièce sur la mémoire qui est aussi une ode aux comédiennes de théâtre. L’auteur a créé elle-même sa pièce...