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    Ma chambre froide aux Ateliers Berthier

    22 mars 2011
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    On retrouve effectivement l’imagerie fantasmagorique, le décor circulaire, les entrées multiples des comédiens, le réalisme poétique et le regard social qui caractérisent la patte Pommerat. Il n’a pas opté en revanche comme dans sa pièce précédente pour une série de mini-fictions et de tableaux, mais pour une seule et unique ligne narrative. Les changements de décors (effectués d’ailleurs avec une rapidité impressionnante! ) s’enchaînent à la manière des plans de cinéma et donnent une agréable fluidité à un récit que l’on suit comme un bon polar…

    L’histoire ?

    Blocq, directeur inhumain d’une grande surface et patron emblématique d’une société capitaliste, n’agit que pour ses propres profits. Ses employés forment les rouages d’un système qu’il défend bec et ongles sans se soucier de ceux qui l’entourent et encore moins de cette jeune femme de ménage dévouée : Estelle. Seulement Blocq est mourant. Cadeau empoisonné ou bénédiction, il décide de léguer son colossal empire à ses employés. Dans un sursaut inexplicable, il se penche sur le destin qui a été le sien, il semble même vouloir changer. Pour mourir en paix.

    Voilà Estelle et ses collègues à la tête d’entreprises dont ils ignorent les règles de gestion. Entre profits faramineux, licenciements économiques et choix idéologiques, le petit groupe incarne les contradictions du système, les questionnements existentiels et les illusions de l’homme. Les esprits s’échauffent, s’affrontent et parfois se désolent autour de la table de réunion improvisée. Seule une chose fait l’unanimité : le mépris et la haine envers Estelle. Animée de tant de bonté et de bienveillance, elle en devient suspecte. Changer Blocq, voilà l’espoir de cette femme énigmatique et triste. Son dessein est si incompréhensible qu’il en devient effrayant.

    Et nous, que ferions-nous à la place de ceux qui détiennent le pouvoir ?

    Sacrifierions-nous des millions d’euros pour préserver des dizaines emplois ? Rien n’est moins sûr… La violence est-elle inéluctable dans un monde où le plus fort gagne ? Si les questionnements de Pommerat sont aussi nombreux que pertinents, sa pensée demeure néanmoins assez floue et les rebondissements sans fin n’éclairent pas plus notre lanterne. Et comme s’il n’avait pas envie de clore son récit, les longueurs de la dernière demi-heure font perdre en homogénéité.

    La fable sociale de Pommerat emporte néanmoins les spectateurs, le récit se suit agréablement et les images oniriques captivent le regard. On peut seulement regretter les bons sentiments du dénouement.


    Conseil
    : le placement est libre, alors évitez les places du dernier rang. Les barreaux dans le dos, pendant 2h10, ne sont pas très agréables…

    Cassandre Bournat

    Ma Chambre froide

    De et mise en scène de Joël Pommerat

    Avec Jacob Ahrend, Saadia Bentaïeb, Lionel Codino, Ruth Olaizola, Frédéric Laurent, Serge Larivière, Marie Piemontese, Nathalie Rjewsky, Dominique Tack

    Scénographie et lumière : Eric Soyer

    Jusqu’au 27 mars 2011

    Plein tarif : 28€ // tarif réduit, 14€ (-26 ans, RSA, étudiants), 18€ (demandeurs d’emploi), 6€ (élèves d’école de théâtre), tarif groupe

    Ateliers Berthier
    1, rue André Suarès
    75017 Paris
    M° Porte de Clichy

    www.theatre-odeon.fr

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