“Macbeth (The Notes)” ou le “Théâtre de la distorsion”
|
Macbeth (The Notes) D’après Shakespeare Traduction de Jean-Michel Déprats Mise en scène de Dan Jemmett et David Ayala Avec David Ayala Tarifs : de 18 à 30 € Réservation au Durée : 1h30 Théâtre des Bouffes du Nord M° Stalingrad |
Le travail de mise en scène
Au Théâtre des Bouffes du Nord, le spectateur est membre à part entière d’une mise en scène de Macbeth. Dans les gradins, il prend la place des comédiens et techniciens et reçoit les indications du metteur en scène, plongé dans ses notes, à quelques jours de la première. Mais participe-t-il pour autant au travail de création ? Pas tout à fait. Le metteur en scène monopolise l’espace, la parole et sa vision de l’œuvre. C’est à un monologue difficilement pénétrable, peu accessible et confus auquel on assiste. Digressions, bégaiement, références qui passent de Kubrick à Mickey, David Ayala nous invite à une plongée dans l’univers mental d’un metteur en scène en plein travail, absorbé par l’univers de Shakespeare, et sans doute surtout par lui-même, jusqu’aux frontières de la folie.
Chantre d’une nouvelle méthode avant-gardiste que lui seul connaît, dénommée avec pompe “Théâtre de la distorsion”, l’ “artiste” cloue au pilori tel technicien, ménage une jolie comédienne à laquelle il n’oublie pas de faire quelques allusions sexuelles. Tout en démesure propre aux héros shakespeariens, ce tyran mégalomane qui se sent habité par le génie et se donne en spectacle ne suscite in fine qu’éclats de rire. Car dans cette performance construite tout en dérision et auto-dérision critique, tout le monde en prend pour son grade : metteur en scène, journalistes, jusqu’aux clowns russes qui peuvent aller se rhabiller.
Jeanne Rolland [Visuels : Macbeth (The Notes), Théâtre des Bouffes du Nord © Patrick Berger / ArtComArt] |
Articles liés

« Mentor » ou la relation d’emprise entre un maître et son élève
Au Studio Hébertot, Lara Aubert interprète une jeune contrebassiste sous l’emprise de son professeur, dans une pièce poignante qu’elle vient d’écrire. A ses côtés, Alexis Desseaux campe l’enseignant virtuose et manipulateur, dans un cours de musique ou la complicité...

Ville autoportrait – Sébastien Mehal
Curatée par le collectif TAK Contemporary, l’exposition personnelle de Sébastien Mehal, présentée à la Galerie Hoang Beli, convoque la ville comme un corps collectif façonné par nos psychologies individuelles. Les œuvres sont tissées comme un patchwork de points de...

Ce week-end à Paris… du 24 au 26 avril
Art, spectacle vivant, cinéma, musique, ce week-end sera placé sous le signe de la culture ! Pour vous accompagner au mieux, l’équipe Artistik Rezo a sélectionné des événements à ne pas manquer ces prochains jours ! Vendredi 24 avril...

David Ayala, dans un spectacle construit sur le ton d’un one man show, endosse le rôle d’un metteur en scène de Macbeth débordé de travail à quelques jours de la première. Malgré la belle performance du comédien, le spectacle tombe dans certains écueils et pèche tantôt par excès de légèreté tantôt par une certaine lourdeur.
“Théâtre de la distorsion”
La performance comique et dynamique de David Ayala nous tient en haleine. Fort dans l’adresse, il livre une performance très juste. Cependant, des regrets nous envahissent. Il manque à ce spectacle une strate plus sérieuse, plus sincère, interrogeant sur le travail de l’artiste. Trop d’auto-dérision et de comique occultent l’aspect tragique et la profondeur du travail de l’artiste. Les extraits de Macbeth ne convainquent pas. D’autres passages pèchent par leur lourdeur et de nombreux propos gagneraient à être écourtés. La dernière scène, où le comédien émerge de sa baignoire nu et badigeonné de sang, verse dans une surenchère maladroite. Pourquoi ne pas avoir intégré cette idée de mise en scène à l’intérieur du monologue, plutôt que de l’apposer dans une scène à la toute fin du spectacle ?





