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Métropole au Théâtre de la Reine Blanche, croisements urbains

© DR

Six personnages qui vivent et travaillent dans le grand Paris se croisent et nouent des relations. Pris dans la grande toile d’araignée tissée par les nouvelles politiques urbaines, ils sont les pions d’un puzzle où l’argent est roi.

Les personnages vont par pair, couple d’amoureux, frère et sœur, père et fille. Cependant, comme cela pourrait l’être dans n’importe quelle grande ville de la mondialisation d’aujourd’hui, ils sont amenés à passer d’un espace géographique à l’autre, selon leurs univers professionnels, érotiques, affectifs…. Les enjeux sont les plus évidents de la vie courante, à savoir trouver un appartement, réussir ses études, avoir un travail, établir une relation sentimentale ou assouvir ses désirs érotiques. Au gré de leurs déplacements pour l’un ou l’autre de ces motifs, ce sont leurs positions sociales, financières et politiques qui sont interrogées et tous ces destins finissent par se rencontrer et interférer les uns sur les autres.  Chacun des protagonistes tente d’améliorer sa condition mais chacun est plus ou moins renvoyé à sa position de départ, parvenant à ouvrir des perspectives au prix d’une volonté ou d’un travail souvent évalué injustement. Le PDG d’un grand groupe a lui aussi ses déplacements secrets, tels que ses rendez-vous réguliers auprès d’une streap-teaseuse. Mais il reste en dépit de ses incartades classiques, celui qui mène la danse, possédant le capital et donc le pouvoir. Sa fille aura beau elle aussi tenter une rébellion, elle reviendra dans le giron favorisé. Tous les personnages qui se cherchent des voies de sortie se heurtent à la fois aux autres et à eux-mêmes, et s’ils tentent une échappée ils doivent jongler parfois périlleusement entre précarité, prise de risque, double activité ou activité dissimulée.

© DR

Le plateau est vide et l’auteur et metteur en scène Vincent Farasse a choisi de faire reposer la pièce sur les comédiens seuls. Il pose ainsi d’entrée de jeu le contraste entre le foisonnement de la métropole dont il parle et la réalité humaine simple et dépouillée. Pour tenir ce choix, les comédiens font preuve d’une cohérence réussie, chacun interprétant son personnage avec justesse. Dans un monde où tout se monnaie et comme cela a toujours existé, le corps des femmes est aussi une  source d’enrichissement mais la complexité de chacun lié aux caractéristiques contemporaines est mise en avant avec subtilité. L’auteur souligne à quel point dans les sociétés actuelles, celui ou celle qui est étiqueté pauvre ou riche ou précaire ou étudiant ou intellectuel peut tout aussi bien être tantôt l’un tantôt l’autre. La streap-teaseuse traduit des poèmes et la femme des ménage est une révolutionnaire sociale engagée, lucide, courageuse et raffinée. Le prix Nobel de littérature Joseph Brodsky passe sur le plateau en de belles références et le chant russe que tous les personnages entonne laisse également planer des points d’histoire qui demeurent d’actualité. Les mobilités d’aujourd’hui qui sont tristement subies n’effacent pas les grandes envolées historiques d’hier.

Emilie Darlier-Bournat

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