Nervures – Fabrice Lambert et Xavier Veilhan – Théâtre des Abbesses
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Nervures Conception, chorégraphie & interprétation : Fabrice Lambert Mobile : Xavier Veilhan – Le Mobile n°8, 2013 Lumières : Philippe Gladieux // Scénographie : Alexis Bertrand // Son : Mathieu Farnarier // Regard extérieur : Gravité (2007) Conception & dispositif : Plein tarif : Du 20 au 25 janvier 2014 Durée : 1h20 + entracte Théâtre des Abbesses |
Du 20 au 25 janvier 2014
Quand les arts plastiques rencontrent la danse, on gagne sur tous les tableaux. Ainsi vont les choses dans Nervures. Pour la première fois, Xavier Veilhan crée une sculpture en vue d’un spectacle chorégraphique. Et son « mobile n° 8 » n’est pas sans talent performatif. De bout en bout, il est ici question d‘architecture, de nature et de temps. Car au bout du compte, c’est bien le temps, et lui seul, qui sculpte le corps humain et le paysages. Au bout du temps, au fil d’une suspension, le mobile ne danse pas moins que Fabrice Lambert, chorégraphe-interprète de ce vrai-faux solo. En tant que chorégraphe, Fabrice Lambert conçoit à son tour cette pièce en vue de l’étonnante structure faite de neuf tubes apparemment sans poids. Aussi, « Nervures » est un échange subtil entre le poids du corps et une légèreté intemporelle. La présence plastique et le geste dansé s’innervent mutuellement pour explorer les liens entre l’apesanteur et la matérialité manipulatrice. Tout de carbone vêtus, les neuf tubes horizontaux du « mobile n° 8 » sont plus légers qu’une ballerine et observent une horizontalité parfaite. Par un pied de nez permanent à la gravité, cette horloge à neuf doigts innerve l’espace scénique d’une présence aussi stable que mystérieuse. Au centre, un seul fil vertical assure la tenue horizontale. Sensibles à tout changement atmosphérique autour d’eux, les conduits tournent lentement, comme pour rappeler la roue du temps, la colonne vertébrale ou le système nerveux. Mais c’est Lambert lui-même qui anime le mobile. Aussi, « Nervures » est une œuvre bipolaire, un dialogue avec une marionnette, pourtant jamais tout à fait sous contrôle. Si Nervures possède donc une colonne vertébrale doublée d’une irrigation nerveuse, si Lambert en est le cœur qui fait circuler le sang chorégraphique, ce spectacle possède également des yeux et des oreilles. En creux, voire en négatif. Car on y entend des drôles de voix, qui racontent des drôles d’histoires. En voix off, des mal ou non-voyants témoignent de leur rapport à la nature et aux paysages. Par les interviews enregistrées, situations et paysages s’animent. Est-en référence à ce monde fait de clair-obscur que le premier tableau est un jeu d’ombres? Debout, Lambert fait circuler une lampe autour de sa tête et de son corps. L’idée est simple, le résultat sobre et sophistiqué à la fois. Ce derviche-là n’arrête pas le temps, il le sculpte. Entre cette naissance et le retour au royaume des ombres, quand Lambert se couche sous le mobile, se déroule toute la recherche d’une vie. Le buste souple, les bras puissants ou bousculés, en équilibre ou à sa recherche, Lambert provoque un basculement permanent entre des ambiances chorégraphiques abstraites et narratives. L’existence comme grande randonnée, face à un mobile qui met en jeu l’inertie de sa légèreté. Thomas Hahn [Crédits photographiques : Alain Julien] |
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