Nuits blanches, une traversée hypnotique
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Nuits blanches D’après la nouvelle « Sommeil » de Haruki Murakami Texte français de Corinne Atlan Adaptation et Mise en scène de Hervé Falloux Jusqu’au 25 janvier 2015 Du mardi au vendredi à 19h Tarifs : de 10 à 32 euros Réservations en ligne ou par tél. au 01 44 55 88 88 |
Jusqu’au 25 janvier 2015
A travers le monologue d’une femme qui a perdu le sommeil, Nuits blanches est une fantastique plongée en douceur dans un rêve éveillé, fidèle au grand auteur japonais Murakami. La femme qui narre ses nuits sans sommeil dévoile sa vie personnelle et familiale. Elle raconte les jours tranquilles et les années heureuses entre son mari dentiste et leur petit garçon. Dans l’aisance, l’entente, la réussite professionnelle, le temps se déroule confortablement et sans heurts. Mais c’est par une soudaine insomnie persistante que perce le malaise existentiel. Une nuit, puis deux, puis trois, puis quatre…, les nuits finissent par se succéder pour devenir la mise au jour de la vérité du quotidien. Car aussi heureuse soit-elle, cette vie ordinaire n’en est pas moins monotone, et finalement peut-être est-elle aussi régulière et sombre qu’une nuit calme ou que la mort elle-même. Seule en scène et très finement dirigée par Hervé Falloux, Nathalie Richard trouve avec grâce ce chemin qui évolue entre terre-à-terre et grand ciel. La déconnection du réel passe subtilement à travers un jeu délié, toujours en pudeur, en un détachement courtois, comme en amont ou en aval de l’humour ou de la tristesse. La comédienne réussit cette périlleuse tenue sur un étroit passage. Elle allie la force de la détermination et de la lucidité à la simplicité et au charme, donnant à voir la jolie épouse souriante tout autant que la femme volontaire qui n’hésite pas à quitter l’espace de la raison.
Emilie Darlier [ Photos : © Dunnara meas] |
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La femme s’évade en lisant Anna Karénine de Tolstoï ou en partant en voiture pour contempler la mer. Multipliant les pistes qui l’éloignent de sa propre vie, elle s’identifie à l’héroïne du roman qu’elle dévore et elle fantasme parallèlement à partir de sordides faits divers. Pourtant, aux yeux de son mari et de son enfant, rien n’a changé. Qui est-elle ? Celle qui passe pour une épouse et mère exemplaire ou celle qui se voit danser avec le comte Vronsky ? Le spectateur est entraîné délicatement dans le voyage introspectif de la femme. Il la suit pas à pas, mot à mot, comme suspendu à un fil, entrainé dans son lent dédoublement, pris agilement dans ce parcours labyrinthe où l’identité se fragmente et se démultiplie, la banalité se tissant à la voie illimitée de l’imaginaire.
Pour suggérer ce décloisonnement mental, de hauts panneaux en noir et blanc inspirés des dessins de Nicolas de Staël dessinent la scénographie. Hervé Falloux dirige la comédienne en usant avec souplesse des différents plans ainsi créés, l’entrainant de l’un à l’autre en une marche flottante. La désillusion et l’envol, le sang-froid et l’étrangeté se composent selon l’art de l’écrivain Murakami, à savoir une fluide continuité entre concret et abstraction, réel et onirisme. Sans fractures, sans dualité frontale. Il fallait, pour trouver cet équilibre si loin du dualisme occidental, un metteur en scène et une comédienne capables d’ondoyer d’un monde à l’autre et le résultat est captivant.





