Oleanna – Le Lucernaire
Ce huis clos dans lequel s’affrontent le maître et l’élève est idéal pour laisser au texte l’espace nécessaire à son déploiement : une mise en scène simple mais pas nue, un lieu unique et un minimum d’informations délivrées sur les personnages. Seuls comptent alors les paroles échangées entre les deux protagonistes, qui fusent et laissent entrevoir toute la manipulation que l’on peut opérer en accolant des mots à la réalité. Grâce à des acteurs qui cernent avec finesse leur rôle, l’identification des personnages à leur manière de s’exprimer est limpide et cohérente : l’un est théâtral, pédant, égocentrique tandis que l’élève révèle son manque de confiance en elle par un ton saccadé, craintif et frôlant parfois l’hystérie. Et c’est par cette même parole que se façonne l’évolution de la pièce, transformant physiquement les acteurs à mesure que le ton change, s’oppose ou s’inverse.
Au-delà des problèmes intimes des personnages, deux mondes s’affrontent dans cette lutte entre le professeur et l’étudiante : celui des « privilégiés », qui pensent que leur nouvelle maison et leur promotion est d’une importance capitale et s’élève au niveau d’un droit ; et celui qui peine à s’éduquer en espérant un jour se hisser à un niveau de vie confortable. Dans ce dernier, l’enseignement est une chose sacrée, prometteuse d’une vie meilleure, pour l’autre c’est un gagne-pain qui permet d’avoir un auditoire et de se sentir exister. Mais tout cela semble encore n’être qu’un prétexte pour amener sur le devant de la scène le sujet principal, traité de manière implacable : les mots sont l’instrument du pouvoir et le dialogue, si rationnel soit-il, n’y change rien.
C’est donc une belle performance d’écriture qui nous est donnée à voir ici, évolutive et parfaitement rythmée par des comédiens qui révèlent avec brio la complexité du langage et la capacité des mots à transformer la réalité.
Sophie Thirion
Oleanna
De David Mamet
Auteur du texte français : Pierre Laville
Mise en scène de Patrick Roldez
Avec Marie Thomas et David Seigneur
Musiques : David Georgelin // Enregistrement violon : Murielle De Rocca Serra
Costumes : Agnes Sargeni // Lumières : Benoît Torti et Eric Pelladeau // Scénographie : Patrick Mignard
Jusqu’au 1er septembre 2012
Du mardi au samedi à 20h
Le Lucernaire
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris
M° Notre-Dame-des-Champs ou Saint Sulpice
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