“Omar-Jo, son manège à lui” : une histoire d’enfance volée
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Au Studio de la Comédie Française, Guy Zilberstein et Anne Kessler se saisissent du superbe récit d’Andrée Chedid, L’enfant multiple, pour interroger la force de l’imaginaire dans la tragédie des enfants meurtris par la guerre. Un studio d’enregistrement radio, une réalisatrice, un jeune acteur et un technicien : quand les mots, l’imaginaire transfigurent le réel.
« Les enfants n’ont rien à voir avec la guerre »
Ainsi s’exprime Adèle, la réalisatrice de la série de podcasts Les enfants de la guerre, et qui choisit de traiter l’histoire d’Omar-Jo, le personnage imaginé par l’écrivaine et poétesse Andrée Chedid, plutôt que celle du petit Elie qui fut réellement blessé dans un attentat de Beyrouth où périrent son frère et sa mère. Par un macabre concours de circonstances dans lequel l’actualité tragique du Liban s’invite aujourd’hui, l’histoire d’Omar-Jo, racontée par une artiste franco-syro-libanaise, ou l’enfant multiplie, évoque l’innocence tragique de tous les enfants qui subissent les guerres. Le manège du parisien Maxime lui redonne une bulle de vie et de liberté, comme un rêve d’enfant qui devient, par la force de sa volonté, une réalité. Ainsi va la vie, tandis que les Libanais s’enfoncent dans les ruines de Beyrouth, Omar-Jo suit les conseils de son grand-père qui compare le manège à une soucoupe volante.
La réécriture subjective

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Que signifie adapter un texte pour la scène ? A la manière de Looking for Richard (1966), film dans lequel l’Américain Al Pacino évoque son travail d’interprétation de Richard III, Guy Zilberstein replace son adaptation dans le contexte d’une réécriture pour une émission de radio. Autant de mises en abime qui agissent comme des peaux successives, dont les protagonistes, la réalisatrice, jouée par Claire de La Rüe du Can, le jeune acteur, Baptiste Chabauty, et le réalisateur campé par Dominique Parent nourrissent les différentes couches de subjectivité, et d’interprétation. Anne Kessler dirige ce trio sobrement, presque trop, pour faire entendre les hésitations, les soubresauts des choix de l’adaptation. Pourquoi le réel, celui d’images photographiques de la guerre civile à Beyrouth, viendraient-elles parasiter, ou enrichir les extraits du récit fictif de l’écrivaine ? Et si justement ces soubresauts émotifs, ces hésitations sémantiques, ces doutes trahissaient la passion pour une oeuvre qui dit le réel sans être réelle ? Tout se fait donc en direct, face aux spectateurs, qui participent de cette recherche et de ce questionnement avec beaucoup d’intérêt. L’enfance, ce territoire intouchable qui est souvent et malheureusement meurtri par la guerre, est ici explorée avec une une innocence qui se débarrasse obligatoirement des lieux communs.
Hélène Kuttner
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