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    Othello au Vieux-Colombier, une rage aplanie

    10 mai 2014
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    othello

    Othello de Shakespeare

    Mise en scène de Léonie Simaga

    Avec Alain Lenglet, Celine Samie, Jerome Pouly, Laurent Natrella, Elsa Lepoivre, Christian Gonon, Bakary Sangaré, Nazim Boudjenah, Noam Morgensztern et Pauline Méreuze

    Le mardi à 19h, du mercredi au samedi à 20h, dimanche à 16h, relâche lundi

    Tarif : de 9 € à 31 €

    Réservations par téléphone au 01 44 39 87 00 / 01

    Durée : 3h

    Théâtre du Vieux-Colombier
    21, rue du Vieux-Colombier
    75006 Paris
    M°Saint-Sulpice ou Sèvres-Babylone

    www.comedie-francaise.fr

    Jusqu’au 1er juin 2014

    La tragédie shakespearienne de la jalousie tangue dans cette mise en scène entre des affres démoniaques et des faiblesses répétées. La puissance textuelle perdue dans l’insuffisance du plateau en font un spectacle inégal.

     
    Général en chef maure, Othello a vaincu les Turcs. Il a affronté bien des dangers, soutenu ses armées et bravé nombre de périls. Homme fort, colossal même, il incarne une solidité, un courage et une bravoure que soldats et politiques admirent. Les édiles l’invitent dans leur cercle, les représentants du pouvoir l’associent à leur ambition et leur ascension. Les combattants louent sa vigueur physique et Desdémone, fille d’un patricien de Venise, succombe à son intrépidité de guerrier autant qu’à sa vaillance morale. Elle l’aime au point de défier les règles qui voudraient qu’elle épouse un homme de sa condition et surtout un homme qui ne soit pas un étranger, un métèque, un noir. Elle lie son destin à cet homme, plongeant son père dans le chagrin et augmentant par son audace le désir et la convoitise des autres hommes. Parmi eux, Iago est le plus déterminé. Il a décidé de faire tomber ce héros qui a conquis trop d’âmes et atteint trop de puissance. Il n’a plus qu’un but, le faire chuter. Pour cela, il va s’attaquer au point faible d’Othello, son talon d’Achille, celui de la jalousie. L’attaquer sur son courage de soldat serait vain. L’offenser quant à celle qu’il chérit, c’est toucher sa raison et l’entraîner dans la folie. De son côté, en étant le conquérant de la si belle Desdémone, Othello le noir peut à juste titre imaginer que des prétendants seront prêts à tout pour obtenir les grâces de cette créature blonde et pure, au visage d’ange. Comme si trop de beauté devait apporter la douleur et la discorde,  la machine infernale se met alors en route.

    Iago est rusé, maléfique, perfide. Toutes les habiletés seront déployées pour semer le trouble dans le cœur d’Othello. Jour après jour, il manipule tantôt Emilia la servante, tantôt Roderigo le désespéré amoureux, ou Cassio, naïf et sincèrement épris de Desdémone mais aveuglé. Il utilise chaque détail, il retourne le moindre fait contre Desdémone, dérobe un mouchoir pour avoir une preuve, tend un piège mortel pour éveiller des soupçons, et tient à Othello le langage qui corrompt le cœur. Pas à pas, de jour en jour, il distille le poison de la jalousie. Et arrive ce qui devait arriver. La force d’Othello s’effrite, son assurance se rompt, il devient plus que soupçonneux, il acquiert la certitude que Desdémone le trahit. Shakespeare nous donne d’assister à la violente destruction d’un homme bon en touchant la simple corde de la passion amoureuse et de la démesure du désir. Le mal infiltré gagne inexorablement et rien ne résiste à l’emprise de cette furie. Othello perd son aura de guerrier qui l’avait introduit dans les sphères du pouvoir et qui avait fait oublier sa différence. Fou, ravagé, il redevient le dissemblable, le barbare, au point de devenir le meurtrier de ce qu’il aime le plus au monde.

     
    Un gâchis machiavélique

    C’est Léonie Simaga, sociétaire du Français depuis 2010, qui a réalisé la mise en scène de ce drame. De la première scène à Venise jusqu’à celles de Chypre ou les tableaux en de fastueux palais, elle opte pour un décor d’abord sombre et grisâtre puis plus lumineux mais toujours lourd, chargé de hautes murailles et d’éléments réalistes tels qu’une longue table métallique où s’allonge la fraîche et candide Bianca, habillée d’une robe rouge. Il faut attendre les dernières minutes pour que la scénographie avec brassage de costumes d’époque affirme une tonalité en prise directe avec la tension tragique. Mais comme si c’était trop tard, Othello y apparait comme étant plus las et fatigué qu’au paroxisme de la jalousie. Dans ce rôle quasi mythique, Bakary Sangaré impose il est vrai fortement sa carrure à l’égal du héros de même que sa voix grave participe au trouble et à la montée poignante.  Cependant, tout au long de la pièce, son phrasé monotone écrase les multiples facettes du personnage et occulte la progression du ravage. En face de lui, Iago interprété par Nâzim Boudjenah enrobe le diable d’une intéressante légèreté. La ruse y est souple, à l’image des sauts agiles du comédien, et ce cabris terrifiant occupe le plateau avec un sens moderne de la bouffonnerie. Autour de lui, l’équipe, malgré de forts accents shakespeariens maîtrisés et intelligemment nuancés, peine à donner le meilleur dans cette direction qui manque de poigne et de souffle. Les femmes quant à elles, sans doute parce qu’elles ont des rôles de sincérité ou de victimes qui tranchent sur la lourdeur prédominante en cette mise en scène, dégagent de magnifiques instants.    

     

    Emilie Darlier-Bournat

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