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    Un pavé dans la cour – Théâtre Michel

    27 février 2013
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    Un pavé dans la cour - Théâtre Michel

    Paul a une grande nouvelle à annoncer à ses voisins. Aussi les a-t-il tous invités à une fête dans la cour de leur immeuble. Un seul manque à l’appel, le concierge, mais au vu des relations que Paul entretient avec lui, on peut douter qu’il ait bien reçu une invitation. On peut cependant penser que Paul est pote avec tous les autres et que la fiesta sera conviviale. Eh bien, on est loin de la vérité ! Car ce type est pingre, raciste, homophobe, misogyne, égocentrique… et j’en passe. De plus, il méprise tout le monde, y compris sa femme à laquelle il annonce tout de go face à des étrangers qu’il a acheté une maison en banlieue lointaine… sans avoir jamais amorcé avec elle la moindre discussion à ce sujet. Enfin, il dit haut et fort ce qu’il pense, et surtout le pire. Bref, Paul est un gros con dans toute sa splendeur, d’un genre particulièrement affectionné par Didier Caron qui signe là une superbe comédie de mœurs !

    Oui, décidément Caron est un excellent auteur. En quelques répliques coups de griffes, il dessine la psychologie des personnages en présence avant de nous faire entrer de plain-pied dans le cœur de leurs problèmes personnels, parfois très lourds à porter… le tout pour nous faire rire aux éclats plus d’une heure durant… sans oublier de nous toucher au plus profond de nous. 

    Car les protagonistes de cette histoire sont en quelque sorte en tandem. Il y a une mère et sa fille, un mari et sa femme et deux frères. Tous vivent, à différents niveaux, des relations conflictuelles de longue date dont ils évitent la plupart du temps de parler. Mais cette soirée servant de catalyseur, tous les non-dits leur exploseront à la figure pour résoudre ces différends, dans l’apaisement, le statu quo ou la rupture, c’est selon. 

    UN PAVE DANS LA COURCes conflits, Didier Caron ne les a pas voulu anodins au contraire. Pour Babette, « la vieillesse étant un concept qu’elle ne partage pas », sa rage envers les années qui passent et l’homme qui l’a quittée est dirigée vers sa fille Claudine. Elle fait œuvre de destruction massive pour tout ce qu’elle entreprend. Entre Antoine, pâtissier dyslexique, et Cédric, businessman costard cravate et oreillette vissée au tympan, c’est l’abandon des relations parentales qui est au cœur du problème. Pour Paul et Myriam, c’est l’envie d’enfant -ou pas « pour quoi faire ? » dit Paul- qui a pourri leur couple. Elle le voit enfin comme il est réellement. 

    Entre ces « paires » comme entre eux tous, la violence, parfois, se déchaîne, les mots sont durs, blessants, les répliques assassines, les relations mesquines. Si, parfois, certains de ces personnages nous émeuvent, la plupart du temps c’est le rire, géant, qui l’emporte. Car ce texte est magnifiquement servi par des comédiens dont le jeu naturel et précis fait mouche sans coup férir. Bruno Paviot est un « gros con » exécrable à souhait face auquel Gaëlle Lebert tiendra bon avec douceur et détermination ; Pascal Mottier en cadre totalement speedé saura pourtant se mettre à l’écoute de son frère, lequel est interprété par Julien Ratel, touchant et perspicace ; Constance Carrelet mêle peine et révolte avec discernement quand sa mère, indigne, Virginie Pradal, nous offre une composition à sa démesure parfaitement maîtrisée. 

    Voici donc une comédie irrésistiblement drôle mais avec du fond et de l’émotion à ne pas rater !

    Caroline Fabre

    Un pavé dans la cour 

    De et mise en scène de Didier Caron
    Assistante mise en scène : Delphine Piard

    Avec :
    Virginie Pradal, dans le rôle de Babeth
    En alternance : Samantha Renier et Constance Carrelet, dans le rôle de Claudine
    Gaëlle Lebert, dans le rôle de Myriam
    Bruno Paviot, dans le rôle de Paul
    Pascal Mottier, dans le rôle de Cédric
    Julien Ratel, dans le rôle d’Antoine

    Décorateur: Claude Pierson // Création lumières : Franck Willig
    Musique : Thibault Dissoubret et Emmanuel Olson

    A partir du 1er février 2013
    Du mardi au samedi à 21h
    La samedi à 16h30
    Le dimanche à 16h

    Tarifs : 32 euros (cat. 1) // 24 euros (cat. 2)

    Durée : 1h35


    Théâtre Michel
    38, rue des Mathurins
    75008 Paris

    www.theatre-michel.fr

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