Pierre Richard retrouvé par Mathilda May
© Pauline Maillet
À 85 ans, le célèbre acteur remonte sur les planches du Théâtre de l’Atelier sous la direction de Mathilda May, dont on reprend la deuxième création, Le Banquet, en janvier 2020 au Théâtre de Paris. Seul en scène dans un éblouissant solo sans paroles, dans un décor qui semble peint par Magritte, l’acteur nous piège de manière faussement désinvolte.
Un univers musical

© Pauline Maillet
Mathilda May aime les mots, sans se laisser piéger par eux. Ce qu’elle préfère, ce sont les images des corps en mouvement, les regards qui interrogent ou qui frisent de rire, les sensations qu’elle met en scène selon une rythmique très jazz, découpée au scalpel de son imaginaire. Une vision du monde chorégraphique, déjà présente dans ses précédentes comédies, Open Space et Le Banquet, composées pour un ensemble de comédiens. Dans un appartement au papier peint grignoté par la vie, Pierre Richard est Monsieur X, un retraité comme les autres qui s’efforce de reproduire des gestes quotidiens, du lever au coucher, alors que ses pensées divaguent et se font la malle. Tim Northam a dessiné un décor aux petits oignons, d’une folle poésie, qui nous fait passer du lit à la salle de bain, puis par la cuisine. La fenêtre fait défiler des cieux striés de nuages blancs, tandis que Monsieur X lutte contre les insomnies, s’imagine en Tarzan sous la douche – habiles vidéos de Mathias Delfau –, se verse du thé en inondant sa nappe et sourit à la toile sur laquelle apparaît le portrait de la femme aimée, rêve ou souvenir.
Réglé comme une partition

© Pauline Maillet
On entre dans ce spectacle si particulier comme par effraction, pénétrant l’inimité d’un homme acteur de sa propre vie, ombre aux cheveux blancs mais au corps tonique du Grand blond avec une chaussure noire, le film réalisé par Yves Robert en 1972. La musique d’Ibrahim Maalouf déroule ses suaves harmonies de blues et de piano romantique, tandis que le personnage se cogne à tous les murs de son espace vital, débordant dans un aquarium de rêves et de cauchemars, gesticulant, dansant comme dans un film de Buster Keaton ou de Charlie Chaplin. C’est souvent très drôle, car Mathilda May a concocté avec son ingénieur son Guillaume Duguet une réelle partition qui fait constamment écho au moindre geste de l’acteur et constituant des paroles cocasses, burlesques, totalement décalées. Un spectacle onirique et tendre, porté par un Pierre Richard radieux, rassuré par sa metteur en scène, comme une bulle de fantaisie à saisir au vol.
Hélène Kuttner
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