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    Pourquoi Chaillot devient « Gaga »

    Thomas Hahn 6 octobre 2018
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    "Mamootot" d'Ohad Naharin © Gadi Dagon

    La Batsheva, mythique compagnie de danse de Tel Aviv, arrive en force pour présenter quatre spectacles à Chaillot, bouclant la boucle depuis la première création d’Ohad Naharin à la plus récente, aussi festives que dramatiques. Et la Batsheva présente ses deux troupes, à savoir la « grande » Batsheva et sa pépinière, The Young Ensemble.

    Il en faut beaucoup, pour rejoindre les rangs de la Batsheva. La concurrence entre danseurs est rude, à l’échelle mondiale. Mais une fois qu’on travaille avec Naharin, il en faut peu pour devenir « Gaga ». Cette approche du corps et du mouvement qui connaît un succès planétaire, approche qui libère le corps autant que l’esprit et qui est accessible à tous, est même devenu une alternative au yoga. Mais elle est enseignée uniquement par des professeurs formés et sélectionnés par Naharin et ses collaborateurs les plus proches.

    “Venezuela” d’Ohad Naharin © Ascaf

    Le mythe de la Batsheva repose donc à la fois sur cette méthode, développée par Naharin après un grave accident qui paralysait son corps, et sur le style très vif, libre et original de ses créations pour la compagnie. Donc quand la Batsheva recrute, les danseurs du monde entier sont dans leurs starting-blocks. Mais ceux qui ont les plus grandes chances de réaliser ce rêve de tout danseur sont ceux qui font partie du Young Ensemble de la Batsheva et sont, ça va de soi, déjà complètement « Gaga ».

    Mr. Gaga à Chaillot

    Comme on peut le voir dans le merveilleux documentaire « Mr. Gaga » sur la vie, la carrière et la technique de Naharin, des ateliers « Gaga » existent même pour des personnes atteintes d’Alzheimer qui se déplacent en fauteuil roulant. Ce sont la simplicité, la profondeur et les possibilités quasiment infinies de « Gaga » qui en font le succès.

    “Venezuela” d’Ohad Naharin © Ascaf

    A Chaillot – Théâtre National de la Danse, le cycle Naharin/Batsheva est placé sous la devise « Tous Gaga ». Est-ce parce que l’après-midi du 20 octobre, un atelier « Gaga » est effectivement proposé à tous, l’entrée étant libre sur réservation? Ou bien parce que le matin du même jour, des ateliers payants (12 €) font partie de la journée « L’Artiste et son monde »? Plutôt non.

    La saison entière de Chaillot est placée sous la devise « Tous humains » et se décline en « Tous Japonais », « Tous Africains » et autres. « Tous Gaga » est logique, puisqu’il est urgent de faire la différence entre la politique israélienne vis-à-vis de la population palestinienne et les artistes qui incarnent la conscience de la société civile en luttant pour les droits de tous, Juifs ou Arabes.

    “Venezuela” d’Ohad Naharin © Ascaf

    Quatre spectacles hauts en couleurs

    La Batsheva présente donc à Chaillot sa toute première création signée Ohad Naharin. C’était en 1990, et le titre est « Décalé » ! Voilà tout un programme, autant artistique que politique, et on se souvient des  conflits acerbes entre Naharin et le gouvernement d’Israël de l’époque, quand le chorégraphe devint persona non grata et fut soutenu par des manifestations dans la rue. Cette pièce et « Sadeh21 », dont on voit des extraits dans « Decadance » à l’Opéra Garnier, sont interprétées par le Young Ensemble.

    “Sadeh21” d’Ohad Naharin par le Batsheva Young Ensemble © Gadi Dagon

    Le cycle s’ouvre sur « Mamootot », grand classique de la compagnie, également présent dans la sélection de Naharin pour le programme « Decadance » par le Ballet de l’Opéra de Paris, pièce pour neuf dnseurs et interprétée par la Batsheva « adulte », tout comme « Venezuela », la dernière création en date de Naharin. Le titre est par ailleurs fortuit et ne contient aucune référence politique.

    L’effectif double pour atteindre 18 danseurs dans une pièce fulgurante de 80 minutes, une sorte de tour du monde dansé sur rap, rock, chants grégoriens et tant d’autres. Et partout, dans chacune de ses œuvres comme dans la méthode « Gaga » en soi, on ne  jure que par un esprit d’ouverture et le vivre-ensemble.

    Thomas Hahn

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