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    Proust ou les intermittences du cœur par Roland Petit au Palais Garnier

    29 mai 2009
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    prou002-128

     

    La réussite de ce ballet tient pour beaucoup à un choix de la difficulté digne de Roland Petit. Il aurait pu s’en tenir à raconter l’histoire en portant à la scène un simple enchaînement de scénettes proustienne. Au lieu de cela, il signe une vraie réécriture chorégraphique depuis le titre entité de son ballet qui ne fait qu’allusion A la recherche du temps perdu et affirme déjà, sa volonté d’éloignement du propos dramaturgique. Ce n’est pas que Proust et ses personnages soient absents de cette pièce, c’est plutôt que les danseurs ne leur donnent vie que pour un moment d’impressions fugitives, s’imposant davantage comme des vecteurs de fragrances proustiennes.

     

    Au gré de jolis tableaux qui ne sont ni clinquants, ni imposants, les danseurs pénètrent l’univers subtile du romancier en interprètes mesurés, et ne versent à aucun moment dans une théâtralité exacerbée qui irait à l’encontre de la finesse d’un style à rendre.  Cet univers, ils l’animent d’une gestuelle classique qui fait la part belle à l’émotion et glisse, fluide, sur les notes de musiques choisies en cohérence avec les affinités connues de Marcel Proust. Il semble que les Swann, Odette, Albertine et autres caractères rencontrés dans cette littérature dansée, préfèrent à l’option de la mimesis un déploiement nouveau, possible dans les interlignes d’une écriture préexistante.

     

    L’ouverture et la fermeture en suggestions mondaines de ce ballet, rendent justice à une thématique qui est comme le fil tendu sur lequel s’est installé l’œuvre de Proust. Et l’on apprécie que cette mondanité ne soit pas constamment présente dans un ballet qu’elle se contente d’enfermer, car cela permet aux parfums de douceur, de passion, et d’enfer qui font la richesse de cette littérature, d’être révélés grandis par des évocations isolées.

     

    Au-delà d’une approche originale et juste d’A la recherche du temps perdu, Roland Petit parvient à hisser sa pièce parmi les diamants du répertoire de l’Opéra de Paris en la dotant d’une intensité érotique inouïe. Si tous les danseurs classiques agissent en séduction par définition, ils se meuvent ici dans une gestuelle toute tournée vers la passion, la sensualité ou encore la sexualité. Certains fragments de Proust ou les intermittences du cœur osent des danseuses qui mettent le lexique de la danse classique au profit de démonstrations concupiscentes, et d’autres sont forts de mimer l’acte d’amour en ne basculant jamais dans la pornographie. Lorsqu’une scène est moins brulante, Roland Petit ne manque pas de glisser un catleya dans le décolleté d’Odette par exemple, pour nous figurer d’un clin d’œil que l’acte amoureux n’est jamais loin des préoccupations proustiennes. Aussi peut-on entendre quelques râles au sortir du Palais Garnier, râles choqués de balletomanes gênés par le duo d’amour homosexuel que l’étoile Hervé Moreau et le Premier Danseur Stéphane Bullion sont parvenus à imposer en fluidité virile. C’est alors que l’on se réjouit que Roland Petit ait ainsi pu mettre à nu la beauté d’une ambiguïté sexuelle effectivement présente dans les romans de Proust. 

    Proust ou les intermittences du cœur est un ballet classique d’exception pour lequel il est difficile de ne pas être dithyrambique, car la griffe de Roland Petit réussit à l’épure et au prolongement de l’une des œuvres majeures de l’histoire de la littérature. Dans cet épure dansée d’A la recherche du temps perdu, on se plait à ressentir l’effet d’un érotisme qui irradie avec un minimum de contenance, en touchant au firmament de la grâce.

    Christine Sanchez


    Proust ou les intermittences du cœur,

    Une chorégraphie signée Roland Petit, et inspirée de l’œuvre de Marcel Proust,
    Une direction musicale assurée par Koen Koessels,
    Musiques : Ludwig van Beethoven, Claude Debussy, Gabriel Fauré, César Franck, Reynaldo Hahn, Camille Saint-Saëns, Richard Wagner.
    Une interprétation par les Etoiles (Manuel Legris, Isabella Ciaravola, Dorothée Gilbert, Hervé Moreau et Benjamin Pech), les Premiers Danseurs et les sujets du Ballet de l’Opéra de Paris.

    Les 27, 28, 29, et 30 mai, les 1, 2, 2, 4, 5, 6 et 8 juin à 19 h 30

    Tarif : de 6 à 85 euros.

    Location :
    – par Internet, www.operadeparis.fr: rubrique 
    – au téléphone avec un opérateur en appelant le   0 892 89 90 90  (0,34€ la minute) tous les jours de 9h à 18h et le samedi de 9h à 13h ou le             +33 1 71 25 24 23  depuis l’étranger.
    – en vous rendant aux guichets du Palais Garnier, à l’angle des rues Scribe et Auber, et de l’Opéra Bastille, 130, rue de Lyon
    tous les jours de 10h30 à 18h30, sauf les dimanche et jours fériés.

    Palais Garnier
    Place de l’Opéra
    Paris IX – Métro Opéra

     

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