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    Etat de siège au Poche Montparnasse

    20 mai 2014
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    etatdesiege

     

    Etat de siège

    D’Albert Camus

    Mise en scène de Charlotte Rondelez

    Avec Simon-Pierre Boireau, Claire Boyé, Benjamin Broux ou Rémi Goutallier, Céline Espérin ou Christelle Jacquaz, Adrien Jolivet, Antoine Seguin ou Paul Canel

    Jusqu’au 26 juin 2014
    Du mercredi au samedi à 19h, dimanche à 17h30

    Plein tarif : 24 €
    Tarif réduit : 18 €
    Tarif – de 26 ans : 10 €
    Relâches exceptionnelles les 4, 17 et 22 mai, 8, 14, 15 et 18 juin 2014 Renseignements et réservations au guichet du théâtre les lundis, mardis, jeudis et vendredis de 14h à 18h Les mercredis, samedis et dimanches de 11h à 18h

    Tél. : 01 45 44 50 21

    Durée : 1h15

    Théâtre Poche Montparnasse
    75, boulevard du Montparnasse
    75006 Paris
    M° Montparnasse-Bienvenüe

    www.theatredepoche-montparnasse.com
     

    3_-_Crdt_Clemence_CardotDe très beaux partis pris de mise en scène et une distribution de haut vol rendent aux mots de Camus toute leur force littéraire et leur fulgurante modernité. Un superbe exercice de style en format court, idéal pour les scolaires. Fort de son succès, ce spectacle siège au Poche Montparnasse encore tout le mois de juin en jouant les prolongations. A ne pas manquer. 

    L’échec cuisant en 1948 de sa pièce fait dire à Albert Camus : « “L’Etat de siège”, lors de sa création à Paris, a obtenu sans effort l’unanimité de la critique. Certainement, il y a peu de pièces qui aient bénéficié d’un éreintement aussi complet. Ce résultat est d’autant plus regrettable que je n’ai jamais cessé de considérer que “L’Etat de siège”, avec tous ses défauts, est peut-être celui de mes écrits qui me ressemble le plus. » Ni la distribution pourtant vertigineuse (Barrault, Renaud, Casarès, Valère, Dessailly, Brasseur), ni la musique d’Honnegger ne suffiront à contrer le concert de démolition du spectacle auquel se mêleront notamment Sartre et De Beauvoir.

    Avec un format plus resserré, Charlotte Rondelez remet au goût du jour ce texte sublime, ce dialogue incandescent qui interfère avec notre monde d’aujourd’hui, appuyant ainsi sur son aussi inquiétante que prégnante actualité. Nous sommes quelque part en Espagne. Diego, insoumis, amoureux et généreux, s’oppose à la Peste que personnifie un homme sûr de lui, tyrannique et méprisant, prêt à tout pour s’emparer de la ville, des âmes, des consciences qu’il entend façonner à sa guise. Diego, amoureux de sa belle Victoria, va tenter de soulever les foules et faire taire cette voix de la haine et de la domination par la force…

    Un pont entre hier et aujourd’hui

    C’est à un vrai travail de mise en scène que nous convie ce spectacle. Des comédiens marionnettisés forment ce chœur populaire, ce cœur d’un peuple rapetissé par ce procédé scénique qui métaphorise l’écrasement auquel le soumet le monstre. Les repères spatiotemporels ont été volontairement gommés, parti pris permettant aisément de jeter un pont entre 1948 et aujourd’hui. Car bien sûr, plus de 60 ans après, la modernité du sujet et des mots de Camus résonne d’une manière frappante et d’autant plus désespérante qu’il est traité par l’absurde et le burlesque, un peu à la manière de certains dramaturges russes de la même époque (Evgueni Schwartz notamment).

    Avec une belle direction artistique, Charlotte Rondelez redonne vie à ces mots puissants qui effectivement ressemblent tant à leur auteur. Les six comédiens se donnent avec générosité dans ce tourbillon où planent tout à la fois un romantisme shakespearien et un message politique auquel on pourrait donner tant de visages. Malgré un léger flottement en tout début de représentation, l’ensemble de cette adaptation mérite très largement le succès qu’elle connaît et les prolongations qu’elle s’apprête à jouer. Du théâtre d’une folle vitalité et plus que jamais indispensable.

    Franck Bortelle

    [Visuel : Photo : Clémence Cardot]

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