Rachida Brakni héroïne tragique
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Je crois en un seul Dieu De Stefano Massini Mise en scène de Arnaud Meunier Avec Rachida Brakni Jusqu’au 9 avril 2017 Du mardi au samedi à 20h30, dimanche 15h30 Tarifs : de 16 à 31 euros Réservation en ligne ou par tél. au 01 44 95 98 21 Durée : 1h40 Théâtre du rond-Point
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Trois femmes, trois visages du Proche Orient sont incarnés avec une égale ardeur par Rachida Brakni, qui se fait, sous la fine direction scénique d’Arnaud Meunier, la messagère de la mort au Proche Orient. Dans un espace qui ressemble à une cellule, la comédienne incarne alternativement une Israélienne, une Palestinienne et une Américaine qui vont périr ensemble dans un attentat en Israël. Une partition en forme de coup de poing, signée Stefano Massini, dont le metteur en scène avalt déjà monté « Chapîtres de la chute » dans ce même théâtre.
L’écriture de ce récit est une fugue à trois voix, mises en parallèle vers un même destin tragique. Un attentat en Israël, dans la banlieue sud de Tel Aviv, à Rishon LeZion, dans un restaurant branché fréquenté par l’intelligentsia universitaire. Dans cet endroit du bord de mer ou les cafés fleurissent, où l’architecture sophistiquée attire les start-up et les sièges de société, le terrorisme va frapper trois femmes, venues là pour des raisons qui n’appartiennent qu’à chacune d’elles. C’est Rachida Brakni, artiste multiple et surprenante, qui vient aussi de passer à la réalisation de son premier long métrage, « De sas en sas », qui interprète les trois femmes : Shirin, étudiante palestinienne qui vit à Gaza et décide de mourir en martyre de la cause palestinienne, Eden, professeur d’histoire juive à l’Université, et Mina, soldate américaine appelée en renfort pour assurer une meilleure sécurité dans les lieux stratégiques. L’écriture de Massini est documentaire, précise. Elle fouille les détails et la topographie des lieux, relève des anecdotes et des fausses pistes, mais s’attache surtout, aussi, aux affects, aux émotions et aux états de conscience de chacune de ces femmes à des moments clés qui rythment l’année avant l’attentat. Shirin la palestinienne décrit son quotidien dans le ciel ouvert de Gaza, l’ambition sociale chevillée au corps mais aussi l’envie de ressembler à ses copines, déjà séduites par l’entrainement des filles martyres. Eden, l’historienne de gauche israélienne, est toute compassion et tolérance, même si elle assiste, un an plus tôt, à l’explosion d’un centre commercial qui lui fait réviser quelque peu son jugement. Quant à Mina, qui s’avale des séries télé pour tromper l’ennui, elle ne fait que son job de soldat sans comprendre vraiment les tenants et les aboutissants du conflit qui déchire le Proche Orient depuis soixante ans. Tout de noir vêtue, pantalon et chemise sombre, l’actrice se fond, à la manière d’un félin, dans chacune des âmes, toute vibrante d’une parole personnelle, haletante, désirante ou haineuse, qui dit les émois, les révoltes et les interrogations. Le débit est rapide, fluide, les mots décrivent les faits sans en oublier chaque détail. Le regard est de braise brûlante, veille sur un champ de bataille. Rachida Brakni incarne ces trois femmes sobrement, comme un soldat de la scène dont la principale mission serait de transmettre du vécu, du vivant, de l’instantanéité et des émotions. Pas d’analyse ni d’explication ici, le texte ne cherche pas à argumenter, mais à donner à entendre les peurs, les engagements et les interrogations. A une époque où surgit chaque jour le terrorisme, où nous devons nous accoutumer à une violence récurrente, cette plongée dans l’incarnation de trois destins de femmes nous saisit à la gorge et au coeur en même temps qu’elle souligne notre impuissance. Hélène Kuttner [Crédits Photos : © Sonia Barcet ] |
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Trois destins pour la mort
Théâtre de l’instant, théâtre de l’histoire
Une comédienne vibrante





