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Rencontre avec Ewunia à l’affiche des Amants de Varsovie au théâtre du Gymnase

Une des salles du théâtre du Gymnase transformée en cabaret se prête idéalement au concert pour un piano et une voix. Cette voix c’est celle d’Ewunia qui interprète sa symphonie romantique Les Amants de Varsovie. Composée en balade amoureuse avec sa malice et sa joie de vivre, Ewunia nous donne un splendide moment d’émotion pour un voyage musical sentimental. Nous l’avons rencontrée !

Votre propre histoire entre la Pologne et la France vous a-t’elle poussée à monter Les Amants de Varsovie ?

Il y a bien évidemment de mon histoire personnelle dans mon répertoire. Ce sont des chants populaires du nord de Varsovie. Mon spectacle est né du désir profond de toucher le public français par la beauté, la force et l’émotion slave. J’ai donc naturellement choisi comme langue la musique, comme thème l’amour et comme décor Varsovie.

Pourquoi ce retour en chansons dans les années 30 ?

En toute subjectivité, je dépeins une « époque ancienne » qui se situerait aux environs de 1925 et bien au-delà en1965. Incarnée par des souvenirs, images, mélodies et histoires, elle raconte un temps qui s’éloigne de plus en plus vers l’oubli. Mon Varsovie est celui d’une époque qui n’existe plus et que j’aimerais faire revivre. Si la précision historique n’est pas essentielle pour moi, l’essence émotionnelle est au premier plan. Cette époque, je ne l’ai pas connue, mais je l’ai vécue au travers de récits de ma grand-mère, ma mère ainsi qu’au souvenir vivace de sublimes chansons.

Varsovie a connu de terribles périodes. Vous revenez sur son passé douloureux ?

Je reviens sur un temps où malgré la pauvreté, la dureté de la vie, la beauté, la passion, la noblesse rendaient les gens profonds, créatifs, heureux, entiers, colorés et vivants ! Les gens aimaient la vie, ils aimaient rire et pleurer. Ils aimaient aimer et lorsqu’ils aimaient, c’était pour la vie.

La chanson, la musique vous semble le moyen de porter un témoignage ?

J’ai choisi des chansons dotées de textes, de mélodies et d’harmonie d’une beauté et d’une force rares, écrites par des poètes et compositeurs exceptionnels, que le monde n’a pu connaître, probablement en raison de la barrière de la langue et de la frontière entre les deux “Europe”. Il existe des émotions si fortes que seule la musique peut les comprendre et les exprimer. Comprenez-moi, Les Amants de Varsovie, c’est ma boîte à musique qui regorge de mélodies, de chansons, d’images et de souvenirs que je veux faire résonner dans les cœurs des Français, pour leur apporter une émotion particulière qu’ils ne connaissent pas. Je voudrais que cette boîte à musique, résonne pour retenir ce que fut cette époque unique comme un bouclier pour mieux exister, vivre et vibrer dans l’époque actuelle qui est la nôtre.

Et quelques mots de William Mesguich (47 ans, plus de 70 spectacles à son actif)

William Mesguich © Anaïs Brébion

Comment mettre en scène ce voyage musical ?

William Mesguich : Ma première préoccupation de metteur en scène était de savoir comment Ewunia devait se mouvoir dans l’espace. L’imaginer dans les ruelles de Varsovie sur les pas des amants pour découvrir leurs passions, leurs secrets, rires, rêves et désespoirs… Ensuite, il me fallait utiliser sa discrétion et sa subtilité pour enfin jouer sur les ruptures. Et il fallut compter sur le pianiste puisque ce spectacle est porté par Ewunia, chanteuse et Yves Dupuis, pianiste. Ils sont d’une complicité rare pour ce spectacle musical. La voix d’Ewunia caressante et bouleversante ainsi que les couleurs pianistiques subtiles et saisissantes d’Yves Dupuis, emportent le spectateur dans une intensité émotionnelle particulièrement profonde au travers de mélodies et de textes d’une beauté et d’une force extraordinaires. J’ajoute qu’il nous faut errer avec merveille dans les méandres ravissants et profonds de la langue polonaise qui aurait passé un pacte sensible et complice avec la langue française. Avec le métissage des sons, l’étrangeté rare et bouleversante de la prosodie slave, dans Les Amants de Varsovie, c’est l’inouï et l’amour qui sont convoqués. Alors, le metteur en scène doit toujours se situer « en retrait ». C’est ainsi que j’ai accompagné ce projet musical. Du reste, j’ai déjà travaillé sur des projets musicaux et dans le théâtre musical, ce qui rend les choses plus faciles. Il faut doser, veiller à ne pas avoir un trop plein d’énergie. Ce n’est pas pareil lorsque vous avez à jauger le chanteur qui par essence est rarement comédien sauf à l’Opéra. Avec les comédiens, ce n’est pas la même expérience.

Vous ne jouez plus dans les pièces que vous mettez en scène ?

Avant, je jouais dans des pièces dont je faisais également la mise en scène. Mise à part la pièce Dans les forêts de Sibérie tirée du livre de vie de Sylvain Tesson (encore à l’affiche au Théâtre de Poche jusqu’au 8 avril), j’ai décidé désormais de ne plus jouer dans mes mises en scène. Ainsi, comédien, je suis totalement disponible pour ma seule interprétation sans préoccupations périphériques et en conséquence, metteur en scène, je suis vigilant à tout ce qui fait le spectacle avec le recul obligé (Opérapiécé à l’Essaïon jusqu’au 25 mars et à partir du 13 mai au Lucernaire et Sur les pas de Léonard de Vinci, d’Estelle Andrea à l’Espace Paris Plaine les 14 et 15 mars). Je suis persuadé que quand on veut « améliorer », il n’est pas nécessaire de jouer !

Propos recueillis par patrick duCome


À lire également sur Artistik Rezo : Les amants de Varsovie : chansons et récits d’amour à rire et à pleurer par patrick duCome

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