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    Rien ne se perd, une comédie 100% Récup

    27 février 2014
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    Rien ne se perd, une comédie 100% Récup

    Rien ne se perd

    Une pièce de et avec Cindy Doutres, Blandine Bury, Vincent Londez, Diana Laszlo, Pierre Gascoin et Romain Vissol

    Mise en scène de Béatrice de La Boulaye

    A partir du 22 janvier 2014
    Du mercredi au samedi à 21h30

    Plein tarif : 26€
    Chomeurs / Etudiants : 16€-26 ans: 11€

    Réservation en ligne

    Durée : 1h20

    Théâtre le Petit Hebertot 
    78bis, Boulevard des Batignolles 
    75017 Paris
    M°Villiers

    www.petithebertot.com

     

    A partir du 22 janvier 2014

    A l’origine du projet, un collectif : La Bouée. A l’initiative de Béatrice de la Boulaye, Blandine Bury, Cindy Doutres, Pierre Gascoin, Diana Laszlo, Vincent Londez, Romain Vissol et Sonia Nemirowsky se sont laissés embarquer dans une aventure burlesque, c’est-à-dire à la fois tragique et comique ; ou comment faire rire à partir de l’ambiguïté de la notion de recyclage.

    A notre époque, on recycle plus ou moins ses ordures ménagères, on va plus ou moins dans le mur de ce fait, et la culture se perd plus que moins… Sans compter que la métaphysique, où rien ne se perd mais tout est réapproprié par l’être, voit son couronnement actuel avec l’ère du nihilisme…Du déchet, rien à dire ; il est partout et pourtant tant à dire. Preuve est faite : la petite équipe s’est d’abord attelée à la tâche fastidieuse de lire dans le texte s’il vous plaît sans internet à l’appui tous les classiques de la littérature de théâtre.

    Les membres de La Bouée se sont organisés comme des fourmis pour collecter la matière du projet avec les citations leur ayant paru pertinentes, puis ont élaboré la trame de la pièce, entre la tragédie et le drame anglais. Une reine qui tient plus de la vieille fille à chat (qui mourra d’ailleurs – « Le petit chat est mort » -, mais rassurez-vous ce n’est qu’un sac de litière vide ), une princesse qui boit pour oublier la trahison de son charmant, qui est pris au piège de l’arnaque d’un traître et d’une coquette…

    Rien ne se perdTous les ingrédients à la fois du vaudeville et du pathos grec sont là, mais sans lourdeur, tout en légèreté d’un rire communicatif et pourtant lourd de sens. Car si l’on rit aussi et surtout au départ de la pièce des costumes, il y a double entrée : la robe du traître est tissée de paquets de cigarettes dont les photos rendent hypocondriaques tout cerveau bien constitué, la tenue de chevalier du prince est charmante d’emballages de gâteaux qui rappellent qu’à 30 ans, aucun homme n’est vraiment mature ni fiable (prouvez-moi le contraire si vous voulez) , la robe de la princesse est enfantine avec ses produits laitiers qui ramènent à l’enfance, aussi, la pluie de capsules de café qui enrobe la reine nous rappelle que nous ne serions rien, (« quoi encore ? ») sans Nespresso, et la coquette avec ses cartons de Louboutin nous renvoie à l’appel en absence de notre banquier lorsque nous avons voulu nous intégrer à la société parisienne. Du coup, on rit jaune, mais de bon cœur. Car les acteurs forment, à les voir présenter ce travail, un collectif qui n ‘a pas de collectif que le nom ; ils performent avec un plaisir jubilatoire et contagieux.

    Tous les poncifs qui fondent notre culture théâtrale et sociétale sont gentiment déconstruits ; ainsi les comédiens campent des personnages grotesques, n’ayant pas peur de mettre en danger leur image, dans des situations loufoques qui ne sont pas sans évoquer le royaume de Ionesco où tout se délite progressivement… La ligne de force de la pièce tient à des acteurs tous épatants et à une mise en scène où décors, costumes, dialogues parfois de sourds font les beaux jours de l’absurde, et où rien ne se perd, aussi, de l’attention du public. Menée tambour battant, l’intrigue nous mène à une fin rendue drôle par la force du jeu seule (on n’en dira pas plus), et ne laisse pas de temps morts entre les répliques, de savantes références en écho qui sont des perles de rencontres entre Shakespeare et Musset, mais comme en blagues rapportées. Ne rit on jamais que de ce qui nous chagrine ? Or si « là où est le plus grand danger, croît aussi ce qui nous sauvera », comme l’écrivait Heidegger, en allant voir « Rien ne se perd », on pose une petite pierre sur la sauvegarde de la planète et de sa conscience, si elle en a encore une… Avant de rentrer lire et trier ses déchets. Un rire éducatif, on vous dit !

    Bérengère Alfort 

    [Visuel : courtesy Béatrice de La Boulaye] 

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