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    Sandra Neuveut : “La danse est une caisse de résonance de questions sociétales”

    Lucie Schroeder 11 avril 2021
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    Sandra Neuveut

    Rencontre avec Sandra Neuveut, nommée directrice de la Briqueterie-CDCN du Val-de-Marne en janvier 2021. Retour sur une carrière marquée par sa collaboration avec le chorégraphe Boris Charmatz et présentation de ses projets au sein de la Briqueterie.

    Avez-vous toujours voulu travailler dans le secteur culturel ?

    Je crois que j’ai toujours voulu travailler dans le secteur culturel. Cette envie est profondément nourrie par une passion pour la danse que j’ai développée très jeune. Après avoir commencé à quatre ans, j’ai fait toute ma scolarité en danse-études. J’étais dans un des conservatoires les plus rigides et ça été pour moi un grand moment de remise en question du système de la danse et sa hiérarchie. Je ne me sentais pas tellement de devenir danseuse. Tout en conservant un regard sur ma passion, j’ai donc fait des études de droit car je viens d’une famille où on ne baignait pas du tout dans la culture. J’ai commencé la danse, plutôt pour soigner une petite malformation congénitale au niveau des hanches, mais mon intérêt pour la culture a pris une place croissante grâce à la pratique artistique.

    Vous avez travaillé pendant 15 ans avec le chorégraphe Boris Charmatz, comme administratrice de sa compagnie Edna (jusqu’en 2009) et comme directrice déléguée du Musée de la danse (jusqu’en 2018). Quand et comment l’avez-vous rencontré et comment s’est développé cette longue collaboration ?

    J’ai d’abord rencontré ses œuvres. J’ai eu la chance d’aller voir une petite rétrospective dans le cadre du festival Montpellier-Danse. Cela m’a permis de découvrir trois œuvres de Boris Charmatz : À bras-le-corps, Aatt enen tionon et herses (une lente introduction). C’est notamment la pièce Aatt enen tionon et l’inventivité de ce jeune chorégraphe à l’époque qui m’ont touchée. Ensuite, j’ai vu une autre de ses pièces intitulée Con forts fleuve qui a été très mal accueillie par le public à Montpellier. Là encore je l’ai trouvé extrêmement culotté de venir scinder en deux la salle.

    Peu de temps après je suis allée à Berlin pendant des vacances d’été sur un festival de danse où Boris était programmé. On s’est réellement rencontré à cette occasion. Puis, quelques années plus tard, alors que je m’installais à Paris, l’administratrice de sa compagnie avait besoin de renfort. L’occasion de rentrer dans la sphère Boris Charmatz. On n’imaginait pas du tout, ni l’un ni l’autre, que cette collaboration serait aussi longue et fructueuse.

    La Briqueterie CDCN du Val-de-Marne © Laurent Lecat

    Vous avez aussi réalisé des missions de conseil artistique et de pilotage de projets pour la jeunesse, notamment au Théâtre de la Ville à Paris. En quoi consistaient ces missions ?

    C’était assez court puisque c’était sur six mois. Il s’agissait de finaliser l’édition d’un festival qui s’appelait Chantiers d’Europe. Je suis arrivée en janvier et tout était un peu en vrac. Or, l’édition avait lieu en avril. Il fallait que j’aille très vite. C’était aussi l’année des élections européennes. Donc, à cette édition était aussi associée un enjeu politique : faire valoir l’importance de la construction européenne par l’art et la culture.

    En parallèle, Emmanuel Demarcy-Mota avait le projet de travailler avec la jeunesse. Nous avons finalement monté une grande soirée à la Sorbonne où on a réuni 150 jeunes, du CP à la terminale, qui avaient travaillé en amont un corpus de textes littéraires d’écrivains traitant de l’Europe, d’Albert Camus à Fernando Pessoa, en passant par Paul Valéry. Ces textes étaient présentés en alternance par des groupes de jeunes et des personnalités comme Emmanuelle Béart, Abdel Malik et Rachel Khan. Toutes investies dans le champ sociétal et politique.

    Vous avez été nommée directrice de la Briqueterie, en succession à Daniel Favier. En quoi consiste votre projet ?

    Je m’appuie sur l’ADN de la structure. Je n’ai pas tellement touché au dispositif existant en ce qui concerne la Biennale de la danse, par exemple. Cependant, je transforme quelque peu les Plateaux, dans la couleur artistique et leur format. Maintenant appelé Excentriques, je ne veux plus en faire un temps professionnel. La première édition de ce nouveau temps fort va beaucoup porter sur comment la danse évoque la question de l’émancipation féminine.

    Ce qui m’intéressait particulièrement, c’est de travailler une approche transversale, à la croisée des enjeux de l’art et de la société. De tenter d’innerver l’ensemble des activités de la Briqueterie. Les enjeux consistent aussi à développer les publics spécifiques. Effectivement, je voudrais qu’on mette un axe fort sur la jeunesse, sur les pratiques amateurs, tout en poursuivant ce qui a été initié dans le domaine du soin.

    Le projet a comme artistes associés Volmir Cordeiro et Nadia Beugré, deux chorégraphes originaires de pays (Brésil et Côte d’Ivoire) où la danse est avant tout un art social et populaire. Ils intègrent vraiment cette dimension-là dans leurs écritures et tous deux de manière très différente. Leurs démarches sont particulièrement intéressantes pour comprendre la porosité de la danse. Cet art est aussi une caisse de résonance de questions sociétales.

    Quels conseils donneriez-vous à des jeunes qui débutent dans le milieu professionnel de la culture ?

    Faire beaucoup de rencontres, artistiques et professionnelles. C’est ce qui m’a le plus servi et a favorisé mon ouverture.

    Propos recueillis par Lucie Schroeder

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