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    Franchise postale – La Pépinière théâtre

    10 novembre 2010
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    pierre_richard_-_theatre_pepiniere

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    « La vie d’abord ! ». En voilà un précepte plein d’allant… De toute évidence, l’alerte septuagénaire qu’est Pierre Richard – boucles blanches mais haute et vive stature – n’y a jamais dérogé. D’ailleurs, il l’énonce dès les premières envolées de son spectacle, Franchise postale, témoignant d’un goût pour le bonheur assez… décalé en ces temps sombres, voire cyniques.


    Raccord, au fond, avec son image de doux distrait, obstinément souriant voire enthousiaste tandis que catastrophes ou incongruités s’amoncellent autour de lui. « La vie m’appelle… », enchaîne l’ex-Grand Blond : une chance pour lui, porté par cette allégresse profonde, indéfectible, en dépit des rendez-vous manqués (forcément) ou des amis perdus. Une chance pour son public, qui le retrouve, tel qu’en lui-même l’éternité le fit : tendre, burlesque, pas toujours synchrone dans ses gestes, mais gentiment cohérent dans sa posture « d’enfant déguisé en homme » (formule qu’il dédie à Brassens mais qui lui va comme un gant).


    De fait, l’on sourit volontiers dans la salle de la Pépinière théâtre, tout au long de ce solo en forme de variations jazzy, puisque c’est sa musique de prédilection. Et puisque ses deux fils  musiciens (Christophe ou Olivier Defays, en alternance), l’accompagnent sur scène, ponctuant ses facéties et ses leçons de vie… de notes discrètes (le « patron », disert et bondissant, malgré tout, c’est papa !). Le prétexte, pour donner un semblant d’ordre à ces confidences : une série de lettres de fans, écrites par Christophe Duthuron, auteur du précédent Détournement demémoire avec le même Pierre Richard, mais encore des sketchs télévisés d’Un gars et unefille.

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    Variations


    Des lettres « thématiques » – à la façon des thèmes musicaux, en effet – auxquelles l’artiste se fait une joie et un devoir de répondre, flâneur, prodigue, combinant réflexions d’ordre général sur la célébrité, le suicide, ou le « bordel », et moult anecdotes (sur Mai 68, ses pavés et son implication à l’insu de son plein gré, sur l’un de ses profs de théâtre intello-pédant-tortionnaire, sur son dentiste et sa rencontre avec le mime Marceau, sur l’écharpe en cachemire de Charles Aznavour, etc.). D’où ce titre, on l’aura compris, de Franchise postale, quand bien même deux, trois digressions sur le métier d’acteur laissent penser que l’ami Pierre Richard oscille davantage du côté de « l’illusion comique » que de la « vérité crue et nue ».


    Certes, le principe a le mérite d’être simple, sinon modeste, comme l’est – judicieusement – le dispositif scénique (quelques marches, un fond de scène en forme de ciel bleu, des vieux journaux ça et là à même le sol, un rideau rouge débordant sur le côté, une lumière tamisée). Les limites de cette simplicité, pourtant, c’est le risque de la répétition (le crescendo n’est pas évident), et le talent inégal de ces missives (très, peut-être trop  écrites) comme de ces réponses. Fourmillant de formules – mais ne dit-on pas que le jazz est la plus sophistiquée des musiques populaires ? – il leur manque parfois un peu de corps. Et… de danger.


    Reste un formidable morceau de bravoure – le passage sur la version chuintante, apoplectique, du Jules César de Shakespeare à l’époque du TNP – et deux vrais moments d’émotion. Liés – tiens donc – à deux vrais musiciens : Georges Brassens, donc, et le compositeur François de Roubaix. L’un a réveillé les mots, l’autre les notes. L’un et l’autre ne sont pas tout à fait morts puisque la voix de Pierre Richard les appelle. La voix, la vie : le comédien mélomane n’est jamais aussi juste que dans ces moments-là.


    Ariane Allard

     

    Lire aussi sur Artistik Rezo, Les amis du placard à la Pépinière théâtre.

     

     

    © Anne Gayan

     

     

    Franchise postale
    Texte de Christophe Duthuron et Pierre Richard
    Mise en scène : Christophe Duthuron 
    Avec en alternance Christophe Defays (contrebasse) et Olivier Defays (saxophone).

     

     

    Du 28 septembre au 31 décembre 2010
    Du mardi au samedi à 19h
    Réservations : 01 42 61 44 16 ou sur le site du théâtre.
    Tarif unique : 32 euros (moins de 26 ans : 10 euros)

    Pépinière théâtre
    7 rue Louis le Grand
    75002 Paris
    Métro Opéra (ligne 3, 7 et 8)

    www.theatrelapepiniere.com

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