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    Instants Critiques – François Morel – La Pépinière

    26 janvier 2013
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    Instants Critiques - La Pépinière

    Osmose des générations

    Une salle de cinéma pour tout décor, c’est le choix scénographique de François Morel. Deux générations cohabitent sur scène et dans la salle. Georges Charensol, de vingt ans l’aîné de Bory, défend plutôt le cinéma de son époque et se montre exigent et sévère envers les réalisateurs de la nouvelle vague. Il le fait surtout pour embêter Bory, jeune critique fasciné par l’œuvre qu’est en train de construire Godard.

    La pièce s’articule autour de dix-sept films, qui déclenchent les foudres et les interrogations croisées des deux protagonistes. De Pasolini à Rohmer en passant par Coppola ou encore Ferreri, Bory et Charensol jouent à se contredire, à se taquiner, mais avec une bienveillance et une admiration mutuelle touchantes. Comiques, lyriques, souvent colériques, ils nous offrent une photographie du cinéma des années 1960 complète et passionnante à observer à posteriori. Le choc des générations qui anime en partie leur débat se ressent aussi dans la salle. Le public se révèle plutôt vieillissant mais pas que. Les jeunes passent à côté de certaines blagues aux références trop éloignées, et la nostalgie sur eux n’a aucun effet, ou si ce n’est sous le seul signe d’une époque fantasmée. Quand Olivier Broche apparaît sur scène la première fois, un monsieur dans la salle s’exclame « Oh ! C’est tout à fait ça. ».

    Le public de connaisseurs semble déjà conquis. Mais pour l’autre génération, c’est une plongée dans les débuts d’un cinéma nouveau, d’une époque où rien de ce que nous avons appris à l’école ou pendant des repas de famille n’était acquis. L’univers reste familier, on se sent comme à la maison, car ce qui se raconte sur la scène est notre héritage direct, le lien n’est pas rompu ou à recréer, il existe.

    La critique

    Difficile d’écrire une critique sur une pièce qui met en scène peut-être les plus brillants critiques de cinéma en France au XXème siècle. Leur érudition est étourdissante, la poésie et le lyrisme de Jean-Louis Bory laissent rêveur, la précision de Georges Charensol et son pointillisme qui trahit, plus qu’une passion, un sacerdoce, restent une inspiration.

    Mais n’oublions pas que chacun déploie son intelligence et son œil aiguisé au service d’un principe de base : la mauvaise foi. Restée légendaire, elle est constitutive de leur renommée. Exemple : Les deux amis sortent d’une séance hilares, ravis. Ils relatent les divers gags du film et ne peuvent s’arrêter de pouffer, jusqu’au moment où, Charensol voyant Bory si comblé par le film, se met en tête de le détruire. Il reprend point par point les scènes citées comme bijoux juste avant, et retourne l’analyse par la négative, en démontant chaque détail avec la même conviction qu’une minute plus tôt. L’homme manie la critique à la perfection et peut ainsi choisir de quel côté il décide de se placer, or, si Bory est favorable, il doit être anti ou alors, tout équilibre se verrait menacé. Les deux comédiens livrent une performance scénique très juste. Ils créent un genre, le comique érudit, qui fonctionne à merveille.

    L’art de l’interlude

    Les deux frères rivaux ne sont pas seuls ; sur l’avancée droite de la scène se trouve un piano, manié par une chanteuse à la voix enveloppante : Lucrèce Sassella. Les trois saltimbanques chantonnent ou dansent des interludes légers et bienvenus pour digérer les querelles et le texte fourni qui structurent la pièce. Lucrèce Sassella vient apaiser ces esprits orageux avec des mélodies simples et subtiles. Sa voix part parfois en éclats nuancés et bouleversants, elle enchante nos deux intellos devenus penauds et débiles face à tant de grâce discrète. Le rythme y est, rien ne manque. La Pépinière théâtre peut se féliciter d’avoir donné carte blanche à François Morel jusqu’à la fin de la saison, il est aussi doué au devant qu’au derrière de la scène.

    Nathalie Troquereau

    [embedyt] https://www.youtube.com/watch?v=xIy2qTWjMF0[/embedyt]

    Instants critiques

    Mise en scène de François Morel
    Adaptation de François Morel et Olivier Broche

    Avec Olivier Saladin, Olivier Broche et Lucrèce Sassella

    Du 8 janvier au 2 mars 2013 et du 2 au 14 avril 2013
    Du mardi au samedi à 21h 
    Matinée le samedi à 16h

    Réservation en ligne

    La Pépinière théâtre
    7, rue Louis le Grand 
    75002 Paris
    M° Opéra

    www.theatrelapepiniere.com

    A découvrir sur Artistik Rezo : 
    – Les pièces à voir à Paris en janvier 2013 // février 2013

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