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    Par les villages – Théâtre de La Colline

    13 novembre 2013
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    Par les villages - Théâtre de La Colline

    Gregor, devenu écrivain, retourne dans son village natal pour régler une affaire d’héritage. Il retrouve sa sœur, son frère, les humbles et les ouvriers, un monde de travailleurs et d’offensés. La ville contre la nature, les citadins contre les paysans, la technique ou la terre, le mirage de la pensée ou la réalité d’une fleur, progrès et histoire, puissants et petites gens, vieux et enfants. Les oppositions se déroulent en cascades. L’auteur Peter Handke écrit une fable antique et moderne à partir de ce qui se joue entre l’intellectuel qui a réussi et tous ceux avec lesquels il tente de renouer. Les éléments du théâtre grec paraissent avoir servi de fondation sans ostentation. Le chœur et les guerres fratricides en filigrane se dessinent, mais les héros sont ici ordinaires, le quotidien charrie le sublime et la langue psalmodiée trouve un dieu en chaque homme. C’est par le récit intime que l’universel advient. La confrontation se joue par les armes des mots et de la nudité des cœurs, le ravin à la fois se découvre et se recouvre. La distance qui oppose l’intellectuel de retour et la fratrie enracinée, se montre abyssale et pourtant elle se remplit d’un fracas verbal qui abolit et transfigure le conflit.

    Sur scène, des cabanes métalliques de chantier forment un demi-cercle bleu durant la première partie et ce sont des arbres esquissés sur une toile grège qui représentent le cimetière dans la seconde partie. Tout au long du spectacle, sur le côté de la scène, la guitare et la très belle musique d’Olivier Mellano projettent un halo sonore, un fil qui scintille dans l’atmosphère et s’en fait une sorte de gardien, de veilleur toujours présent et impalpable. Les comédiens, plutôt que des personnages incarnent des figures. Leurs longs monologues se répondent indirectement, venant se refléter au sens quasi-photographique, par public interposé. Le verbe porté sur un mode d’oratorio est adressé frontalement aux spectateurs avec le sens épique que Stanislas Nordey propulse magistralement, tout en laissant place à des dialogues de l’un à l’autre sur scène. Au final, durant presque quatre heures, il semble que c’est une seule voix fragmentée qui emporte la salle.

    Un monument de Handke

    La pièce avait été créée à Chaillot par Claude Régy en 1983. Pour Stanislas Nordey, elle est depuis longtemps tapie dans sa tête et a cheminé lentement pour aboutir à un projet d’envergure. C’est à Avignon l’été dernier dans la Cour d’honneur qu’il a enfin proposé sa mise en scène reprise à La Colline, le rôle de Jeanne Balibar étant cette fois tenu par Claire Ingrid Cottenceau. Toute la distribution, dans laquelle Stanislas Nordey lui-même joue Hans, le frère ouvrier charpentier, déroule une fresque de mots dans une splendide tenue du corps qui devient un matériau presque fluide, léger, discret, parfois immobile, et en même temps rendu à sa plus intense puissance. Laurent Sauvage est Gregor, le frère prodige qui revient, double de Handke dont les origines familiales sont celles des défavorisés. Toujours présent sur le plateau, il impose une désinvolture habitée face à laquelle sa sœur Sophie, Emmanuelle Béart, l’intendante du chantier, Annie Mercier, puis la Vieille Femme, Véronique Nordey, le frère et les compagnons ouvriers Raoul Fernandez, Moanda Daddy Kamono, Richard Sammut, et Nova, Claire Ingrid Cottanceau qui clôt la pièce par un monologue de pythie, font déferler une vague d’humanité humble et grandiose, jusqu’à l’enfant joué en alternance par Zaccharie Dor ou Cosmo Giros qui ouvre une saisissante percée d’espoir. Ce moment de théâtre touche au sommet de l’art.

    Isabelle Bournat

    Par les villages 

    De Peter Handke

    Mise en scène de Stanislas Nordey

    Avec Laurent Sauvage, Emmanuelle Béart, Annie Mercier, Claire Ingrid Cottanceau, Raoul Fernandez, Moanda Daddy Kamono, Véronique Nordey, Stanislas Nordey, Richard Sammut et Olivier Mellano. En alternance : Zaccharie Dor et Cosmo Giros.

    Du 5 au 30 novembre 2013
    Du mardi au samedi à 19h30
    Le dimanche à 15h30

    Tarifs : de 9 à 29 euros

    Réservations par téléphone au 01.44.62.52.52

    Durée : 3h30 environ avec entracte

    Théâtre de La Colline
    15, rue Malte-Brun
    75020 Paris 
    M° Gambetta

    www.colline.fr
     

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