0 Shares 1941 Views

    Trahisons glacées à la Madeleine

    Hélène Kuttner 6 février 2020
    1941 Vues

    ©Stephane_Brion

    L’acteur et metteur en scène Michel Fau, qui nous a habitués à de flamboyantes découvertes, monte cette pièce de Pinter et partage le plateau avec Roschdy Zem et Claude Perron dans des curieux décors des années 70. Malgré la présence animale des comédiens, la mise en scène ne parvient pas à captiver notre attention et à basculer dans le trouble.

    Vaudeville à rebours

    Un trio, avec une femme, Emma, son mari et son amant Jerry, tous trois embarqués depuis cinq ans dans une trahison conjugale en n’étant la dupe de personne. Harold Pinter tricote donc, avec une précision d’horloger suisse et un humour aussi noir qu’anglais, corrosif à souhait, le récit rétrospectif de cette construction chez des couples qui vivent au milieu des livres et travaillent soit à écrire, soit à publier. Dans un Londres des années 1970 gagné par la liberté sexuelle, les voyages et l’hédonisme des salles de squash et des whiskies on the rocks, le mensonge devient un mode de vie alors que les conventions bourgeoises semblent encore résister, laissant les personnages flotter entre passion et insatisfaction.  

    Mise en scène distanciée

    ©Stephane_Brion

    Sans doute trop respectueux des dialogues énigmatiques et syncopés de Pinter, Michel Fau a dirigé les comédiens de manière très formelle, en laissant très peu d’espace à l’imaginaire du spectateur pour tenter de percer à jour les sentiments et l’ambiguïté de chacun des personnages. Dans un décor graphique aux nombreuses peintures de chasse, des lumières acidulées de vert et d’orange vif, Claude Perron, qui apparaît dans des robes impressionnantes, est la maîtresse du jeu, amante de l’éditeur à succès Jerry, incarné par Roschdy Zem, racé et élégant, tandis que Michel Fau joue le mari faussement désabusé dans son peignoir de soie gris souris. Le problème est qu’ils demeurent tous dans l’apparence affirmée d’un personnage, sans que jamais ne surgisse le trouble d’une interrogation, d’un mystère qui puisse faire vriller les contours à la mesure des silences et des quiproquos. On reste donc malheureusement sur sa faim, malgré la qualité des acteurs et la saveur du texte. Un spectacle qui trouvera certainement plus de fantaisie avec le temps des représentations.

    Hélène Kuttner

    En ce moment

    Articles liés

    DREAM NATION 2026 : la deuxième vague de noms vient d’être annoncée !
    Agenda
    43 vues

    DREAM NATION 2026 : la deuxième vague de noms vient d’être annoncée !

    Dream Nation lève le voile sur une seconde vague d’artistes pour son édition 2026. Après une première annonce très remarquée, cette nouvelle salve vient renforcer une programmation hors norme , entre icônes internationales, figures cultesdes musiques électroniques, révélations en...

    Les Nocturnes estivales reviennent dans le cadre d'”Un été au Parc zoologique de Paris 2026″
    Agenda
    120 vues

    Les Nocturnes estivales reviennent dans le cadre d'”Un été au Parc zoologique de Paris 2026″

    Cet été, le Parc zoologique de Paris déploie une programmation riche et dépaysante pour inviter ses publics à vivre le zoo autrement, en journée puis en soirée. Nocturnes estivales, soirées festives Silent Zoo, spectacle, rencontres, animations, balades dessinées et...

    “Vibrations” ou la sublime offrande d’émotions dansées
    Spectacle
    266 vues

    “Vibrations” ou la sublime offrande d’émotions dansées

    Beau programme estival à l’Opéra Garnier avec ce trio de courts ballets contemporains. Après la création très attendue de la Californienne Micaela Taylor, « Dreams this way », on retrouve le poignant « Solo for two », dialogue amoureux de Mats Ek et...