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    Un Tartuffe porté par deux bêtes de scène – Théâtre de la Porte Saint Martin

    Hélène Kuttner 16 octobre 2018
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    ©Pascal Victor/ArtComPress

    Le metteur en scène Peter Stein a réuni deux acteurs magnifiques, Pierre Arditi et Jacques Weber, pour incarner ce célèbre hypocrite ainsi que celui qu’il berne effrontément. Dans un décor moderne et sobre, la pièce de Molière est jouée clairement, simplement, et prend une puissance nouvelle.

    ©Pascal Victor/ArtComPress

    Terriblement captif

    Dans cette grande maison bourgeoise aux courbes d’un design des années 1920, Orgon, que Jacques Weber campe en costume de tweed rouge sienne, règne en maître. L’air sérieux et la mine inquiète trahissent cependant ses angoisses, ses peurs, et on sent l’homme totalement chahuté par des émotions qu’il dissimule mal. Contrairement à ce qu’on a l’habitude de voir de ce personnage de père abusif, pétri de raideur et d’égoïsme, qui décide tout pour lui et pour sa fille, Jacques Weber compose un homme habité par des contradictions, sensible, colérique certes, mais tout entier séduit, ensorcelé par son nouvel ami. Un homme hypnotisé, en quelque sorte, par la rencontre d’un être qui vient combler chez lui un manque. Faisant le tour des coursives blanches (décor de Ferdinand Woegerbauer), le comédien rode tel un lion dans son antre domestique, distribuant à chacun blâme ou bon point. 

    ©Pascal Victor/ArtComPress

    L’irruption du diable

    Quand à l’Acte III apparait enfin Tartuffe, « l’Imposteur » né sous la plume de Molière pour l’éternité, c’est Pierre Arditi, surgissant d’une porte au premier étage, qui parait, torse nu et cheveux filasses, un fouet à la main pour se lacérer le dos. Ce qu’il va d’ailleurs faire en se fouettant abondamment, devant son compère Laurent et tout près de la servante Dorine dont le décolleté généreux provoquera la foudre du faux bigot. Mais Pierre Arditi, comme Jacques Weber, ne tombe à aucun moment dans l’outrance ou la caricature. De la pointe des cheveux, qu’il a très longs, au bout de ses ongles, il est ce personnage libidineux, faux, avec une perversité que l’acteur se délecte à jouer. Diabolique, luciférien, il enveloppe toutes ses relations d’un velours qui nous rend mal à l’aise, et qui le rend aussi dramatiquement ridicule. Tartuffe compose un personnage de dévot, alors qu’il abuse tout le monde, et Arditi nous régale de ce personnage tyrannique, fourbe, laid et odieux. la mise en abîme fonctionne merveilleusement.

    ©Pascal Victor/ArtComPress

    Femmes et enfants laissés pour compte

    Dorine, la servante au grand coeur et dont l’intelligence résout les conflits, jouée par Manon Combe, devient vite le pivot de l’intrigue. Sa présence généreuse et son parler lumineux vont rassurer Marianne (Marion Malenfant) et Damis (Félicien Juttner), les enfants d’Orgon maltraités et meurtris par la tyrannie paternelle. Car ni Cléante (Jean-Baptiste Malartre), ni sa soeur Elmire, la maîtresse de maison, qu’incarne suavement Isabelle Gélinas, ne parviennent à ouvrir les yeux d’Orgon, aveuglé par la fascination ou le désir pour Tartuffe. Il faudra le mettre sous une table, bien plus tard, pour qu’il assiste impuissant à l’une des scènes les plus célèbres du théâtre classique, l’assaut sexuel d’Elvire par Tartuffe. Un spectacle en tous cas très réussi, quoique classique, dans lequel s’entendent clairement les alexandrins si percutants et riches de Molière. 

    Hélène Kuttner

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