Une Iphigénie lumineuse aux Abesses
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Iphigénie en Tauride De Johan Wolfgang von Goethe Mise en scène de Jean-Pierre Vincent Avec Cécile Garcia Fogel, Vincent Dissez, Pierre François Garrel, Alain Rimoux et Thierre Paret Du mardi au samedi à 20h30, dimanche 15h Tarifs : de 10 à 30 euros Réservation en ligne ou par tél. au 01 42 74 22 77 Durée :1h50 Théâtre des Abesses |
Dans le très beau décor de Jean-Paul Chambas, la sage Iphigénie épuise sa solitude à raisonner sur son sort, victime d’un destin familial tragique. Agamemnon, son père, devait l’immoler en gage de sacrifice pour que des vents plus cléments propulsent la flotte grecque sur Troie. Par miracle, la déesse Diane la protégea en l’échangeant contre une biche, et la voilà transportée « dans un nuage » en Tauride -l’actuelle Crimée- au bord de la Mer Noire. Sur cette terre lointaine qui constitue son exil, le vieux roi Thoas règne et exige la main de la jeune fille. Alors qu’Iphigénie était parvenue à adoucir la loi ancestrale qui commande le meurtre des étrangers, le roi demande à celle qui se refuse à lui de rétablir cette sentence et d’appliquer la peine de mort. La pièce de Goethe est magnifique, tant elle traduit pas des mots la violence des passions. Goethe fait de son héroïne une femme qui se bat pour son indépendance, son désir, son libre arbitre face au monde des hommes et du pouvoir. C’est en cela un personnage des Lumières -nous sommes dix années avant la Révolution Française- qui évolue dans la mythologie des des Dieux grecs et la fureur des Erynies. Cécile Garcia-Fogel, en robe de coton blanc drapé, prête sa voix rocailleuse et sa beauté sculpturale au personnage principal, frémissant d’une passion sourde et d’une tendresse infinie pour son frère Oreste. Sa parole s’écoule, calme et heurtée par l’émotion, tiraillée par la raison, dans une dialectique évidente d’apaisement et de conciliation. Vincent Dissez campe un éblouissant Oreste, fébrile et terrassé par les Furies qui le dévorent, illuminé par la rencontre avec sa soeur. Le comédien est tout entier habité par des injonctions contradictoires, la colère et le désespoir, le désir et la dépression. Il est magnifique. Pierre-François Garel est le solaire Pylade, l’ami de toujours, pragmatique et direct. Dans le rôle du roi Thoas, Alain Rimoux séduit par son humanité et son autorité contrariée, drapé dans un manteau écarlate (très beaux costumes de Patrice Cauchetier) tandis que le messager Arkas de Thierry Paret complète cette homogène distribution. Les lumières de Benjamin Nesme découpent cet espace ouvert où la philosophie flirte avec la tragédie. Hélène Kuttner [Crédits Photos © Raphaël Arnaud ] |
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