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    Vespro della Beata Vergine, Claudio Monteverdi

    7 janvier 2009
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    Les Vêpres de la Vierge de Monteverdi, un chef-d’œuvre de la musique sacrée, souvent comparée au Messie de Handel ou à la Passion selon saint Mathieu de Bach, revisité par un des plasticiens russes les plus en vue. Le monde contemporain et sa violence confronté au sacré.

    Dédiées au pape Paul V, les Vêpres de la Vierge font partie d’un imposant recueil publié à Venise en 1610 sous le titre de « Messe à six voix dédiée à la très Sainte Vierge et Vêpres à chanter à plusieurs voix et quelques chants sacrés, œuvres propres aux chapelles et aux chambres des princes… »

     

    Ample fresque humaniste et spirituelle écrite pour double chœur mixte , six solistes, orchestre et orgue avec basse continue, Les Vêpres de la Vierge sont traitées avec tout le raffinement du stile nuevo de Monteverdi qui développe ce dualisme profane / religieux propre au baroque et s’oppose à l’écriture polyphonique traditionnelle de la messe contenue dans le recueil. L’étonnante théâtralité de l’œuvre résulte tant d’une mise en scène sonore recherchée que d’effets théâtraux exploitant le texte et la musique, se référant sans cesse à l’Orfeo ( 1607 ), comme si Monteverdi avait conçu sa première grande œuvre de musique sacrée comme réponse à son opéra.

    La représentation proposée par le plasticien Oleg Kulik et le chef d’orchestre Jean- Christophe Spinosi pose la question éternelle du sens de l’Etre humain dans sa dimension sacrée et profane. Elle met en relief le conflit résultant des relations complexes de la tradition et de l’avant-garde par un travail sur l’espace, la lumière, la couleur, et le son qui intègre les musiciens et le chef d’orchestre comme acteurs principaux de la représentation.

     

    Une mise en scène burlesque.

    Se veut-elle drôle ? Étrange certes, inutile bien souvent. On ne voit rien sur ce plateau à part les effets spéciaux des lumières. Superbes, il faut bien l’avouer ! Le Théâtre est devenu une « installation ». La façade s’est drapée d’un grand linceul (?) blanc. Des ouvreurs et ouvreuses portent une toque russe. Trois moines tibétains chantent dans la fosse. A l’intérieur, un grand rideau transparent suspendu au-dessus de l’orchestre réfléchit les lasers qui illuminent la scène. Sinon, c’est la pénombre la plus complète. On regrettera que lors du premier chant, les chanteurs soient de dos, c’est fort peu commode pour les voir et les entendre ! Ensuite, on les cherche dans la salle. Cela cependant amplifie l’espace théâtral et y inclut le public. Oleg Kulig veut confronter les artistes et le public, instaurer un dialogue, les provoquer. Le spectacle commence par une altercation entre deux spectateurs. Il est vrai que quand les chanteurs sont proches, les écouter si près de soi impressionne  formidablement. Pendant ce temps, un couple de bouffons nous distrait par des danses, des jongleries ou des acrobaties en traversant l’orchestre ou en fond de scène. Bien souvent, on ne les devine plus qu’on ne les voit. Au cinquième chant, on comprend que le chœur est au dernier balcon. Cela rappelle la pratique du double chœur dans la Basilique Saint-Marc de Venise à l’époque de Monteverdi, mais, étrangement, lieu pour lequel cette œuvre n’avait pas été composée… Ils n’apparaissent sur scène que peu de temps avant la fin de la première partie. On peut également regretter le contraste bien peu pensé, entre le son réel de la musique de Monteverdi et les ajouts électroniques grossiers qui écrasent l’espace acoustique.

    Cette cérémonie se veut moderne et religieuse. Elle est entrecoupée d’éclairs, de pluie, d’aboiements, de hurlements de loups, de klaxons et de sirènes, bref, cela se veut original. Seule la douceur de la musique de Monteverdi exprime le sacré. Heureusement, la seconde partie, le Magnificat est superbe. Lui seul mérite que l’on se déplace. Je félicite les chanteurs. Ils ont su interpréter merveilleusement ces Vêpres. Les musiciens, quant à eux, excellent, dirigés magistralement par Jean-Christophe Spinosi, violoniste et chef d’orchestre que l’on avait vu dans Véronique l’année dernière. Oleg Kulig révèle dans un entretien que cette cérémonie est une « liturgie spatiale », qu’il est lui-même un inventeur de projets «un  plasticien de l’espace » et que les « spectateurs se sentiront moins  des saucisses dans leur fauteuil » grâce à lui et davantage des  « pains » au sens liturgique bien sûr.

     

    Marie Torrès

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