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    Victor Hugo, mon amour à  la Comédie Bastille

    17 mars 2009
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    hugo
    Si l’histoire d’amour que cette pièce nous conte est historique, l’intellection de la nécessité  de cette passion l’élève à la magie du mythe. Juliette Drouet s’est dévouée corps et âme, bien souvent dans l’attente d’un Victor Hugo marié pour lequel elle a agi discrètement mais en muse, en muse sans laquelle Les Misérables n’auraient peut-être jamais vu le jour. L’œuvre de Victor Hugo serait donc incomplète, si l’on voulait en exclure l’échange de lettres qui a nourri sa relation avec Juliette Drouet jusqu’en 1883, année où il l’a vue s’éteindre.
    Le projet plus que louable, de dévoiler cet amour sur une scène, était plus dangereux qu’audacieux. Victor Hugo et sa Juliette s’étant échangés pas moins de vingt-trois mille six cent cinquante lettres tout au long de leur idylle, comment résumer, couper, sélectionner pour advenir à la synthèse de leur histoire sans l’altérer? Il semble que Jacques Décombe y soit parvenu avec la Compagnie Anthéa Sogno : la grande passion est en effet parcourue, de bout en bout et sans oublier les moments forts et revirements fragiles qui l’ont définie. Victor, Hugo mon amour dessine la passion peu à peu,  à coup de bons mots bien entendu, à coup de mots qui furent les leurs, mélangés à des mots empruntés aux grands drames hugoliens.
    Emanation romantique de taffetas et mobilier d’antan, la scène n’est autre que la chambre dans laquelle Juliette attend cloîtrée, et l’on apprécie que tout s’y joue. C’est alors que dans un décor qui n’aurait  pu sonner plus juste, Anthéa Sogno et Sacha Petronijevic emploient une énergie admirable à la résurrection du couple incarné. Tandis qu’Anthéa Sogno incarne non sans jubilation les soubresauts d’une Juliette Drouet oscillant entre excitation enfantine et désespoir de femme, Sacha Petronijevic réussit à imposer un Victor Hugo charismatique, digne, mesuré dans la gestion des transports amoureux qui le troublent pourtant.  Grâce à ce sans faute, l’illusion prends corps à la comédie Bastille, et l’on est chaviré, dans un romantisme qui ne pouvait être mieux réhabilité qu’à travers ce retour sur l’amour vécu par son chef de file.
    Victor Hugo, mon amour est une pièce enthousiasmante, une tragi-comédie bien menée,  où l’on rit, où l’on souffre, et dont on ne sort pas sans un fort désir d’aimer.

    « Ces lettres sont tout mon cœur, tout ce que j’ai jamais écrit de plus vrai et de plus profondément senti. Ce sont mes entrailles, c’est mon sang, c’est ma vie et ma pensée, c’est la trace de toi dans moi. Je veux que cette trace de ta vie dans la mienne reste. Je veux qu’on la retrouve un jour quand nous ne serons plus que cendres tous les deux. Quand cette révélation ne pourra plus briser le cœur de personne, je veux qu’on sache que je t’ai aimée, que je t’ai estimée, que j’ai baisé tes pieds, que j’ai eu le cœur plein de culte et d’adoration pour toi. », Victor Hugo à Juliette Drouet.

    Christine Sanchez

    Victor Hugo, mon amour, un spectacle d’Anthéa Sogno, mis en scène par Jacques Décombe
    Avec Anthéa Sogno et Sacha Petronijevic

    Prolongations jusqu’au 23 avril
    Du mercredi au samedi à 19h30 et le dimanche à 17h30
    Tarifs : 19 à 24 euros

    Comédie Bastille
    5, rue Nicolas Appert
    75011 Paris
    Métro Richard Lenoir
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