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    Vues Lumière à La Colline, cadré sur l’humain

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    ©Tuong-Vi Nguyen

    Le titre trouve son inspiration dans les premiers films des Frères Lumière qui cadraient leur sujet en un point de vue court et fixe, dont la mythique Sortie de l’usine à Lyon. Ici, le public installé en tri-frontal reste fixé avec émotion sur trois femmes et un homme, qui éclairent le plateau de leur humanité et de leur vibrante quête d’une pensée collective.

    Isabelle Lafon revient au théâtre de La Colline après avoir présenté en 2016 le triptyque Les insoumises élaboré sur des textes existants. Cette fois, elle a conçu le spectacle, elle le met en scène et interprète un personnage, mais l’écriture est collective, fruit d’improvisations autour d’une thématique. Cette thématique est celle d’un groupe de personnes qui se retrouvent régulièrement dans un centre social du 20e arrondissement et qui mettent sur pied une séance hebdomadaire de cinéma suivie d’échanges, cela sans animateur et dans une volonté d’apprendre, découvrir et penser.

    ©Tuong-Vi Nguyen

    La scène est vide et les quatre personnages nous arrivent en toute simplicité, baskets et tenue décontractée, sans accessoires autres qu’un crayon, quelques feuilles et des chaises. Il s’agit de Fantine, mécanicienne, Georges, ouvrière paysagiste, Esther, factrice, Shali, assistante maternelle et Martin, veilleur de nuit. Ensemble, ils structurent cet atelier de cinéma, ils l’organisent et en précisent les contours, répercutant sur le plateau un esprit de construction. Ils semblent être en train de préparer quelque chose, nous plaçant devant leurs questionnements, leurs chevauchements d’interrogations et ayant l’air de ne pas savoir tout à fait ce qu’ils en feront. C’est cette fragilité, cette naissance d’un groupe à laquelle on assiste qui viennent émouvoir le public et créer la complicité d’une aventure humaine.

    Les personnages se retrouvent dans la salle Allende du centre social et leur amour du cinéma ouvre des discussions où se mêlent la politique, le goût de la poésie, l’intime et le collectif. Chacun se révèle traversé par les nécessités d’un combat pour accéder librement aux œuvres d’art et à la culture, dans un esprit d’égalité et de prise en charge de son propre destin. Dans une impression d’écriture en chantier, Vues lumière projette avec authenticité la richesse des uns et des autres, hommes et femmes de condition modeste et qui, écoutés et vus sous tous leurs angles comme le ferait une caméra, livrent leurs richesses individuelles éclairées artistiquement par la magie du groupe.

    Emilie Darlier-Bournat

     

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