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Yves Valente, un décorateur de cabaret et music-hall comme on en voit plus

Clara Bouillon 2 mai 2020
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Rencontre avec Yves Valente, créateur de décors, de machineries et d’effets spéciaux de cabarets et de music-halls. Ses plus grandes réalisations ont été conçues pour le Lido de Paris pendant plusieurs décennies.

Peux-tu te présenter ?

Lorsque j’étais petit je voulais devenir magicien. Mon père me disait que ce n’était pas un métier et qu’il fallait que je fasse des études. Alors je lui répondais que je voulais être décorateur de théâtre et il me répétait la même chose, ce n’était pas un vrai métier non plus. J’ai donc décidé de faire des études d’architecture.

Quel a été ton parcours artistique et professionnel ?

J’ai commencé par faire de la magie sur scène à l’âge de 11 ans, puis j’ai fait de l’architecture. Il faut savoir que lorsqu’on passe un diplôme d’architecture, il doit y avoir deux membres du jury, des personnalités extérieures. J’avais choisi une personne qui était dirigeant d’une société fabriquant des décors de théâtre pour le Lido. Il m’a ensuite proposé de travailler pour lui à mi-temps jusqu’à la fin de mon diplôme. J’ai accepté bien évidement ! Ce mi-temps s’est ensuite transformé en temps complet. Ensuite par l’intermédiaire d’un décorateur du Lido, je suis parti travailler pour une revue du Moulin Rouge.

Revue du Lido, C’est Magique!

En quoi consiste ton métier de décorateur ?

La majeure partie de mon parcours s’est déroulée au Lido. Dans ce cabaret, nous avions une structure très organisée et très professionnelle. Pour monter une revue il fallait 18 mois, 9 mois de conception et 9 mois de fabrication. Pendant les 9 mois de conception, se tenaient des réunions avec tout le personnel, le metteur en scène, les chorégraphes, le costumier, le compositeur et la direction. Le metteur en scène nous donnait ses idées puis nous faisons des croquis, des pré-maquettes. Une fois le projet validé, nous passions ensuite à la construction du décor en atelier. Au Lido, le décor est mécanique et bouge, chaque étape était testée. Seulement lorsque tous les aspects techniques étaient réglés, le décor était démonté et remonté sur la scène.

Maintenant que tu es à la retraite , quel a été ton plus beau souvenir et quel évènement t’a le plus marqué durant ta carrière ?

Il y a deux belles rencontres, celles de deux décorateurs du Lido. Il y avait un  italien et un américain. Le décorateur italien, Gorgio Becca était un véritable artiste. Quand il réalisait des croquis, c’était un amas de gribouillis et il fallait le déchiffrer. Le deuxième c’était André Levasseur,  il était l’inverse de Giorgo. Lui c’était la précision extrême, tout devait être réglé au centimètre près. J’ai donc eu la chance d’être formé par deux personnes opposées et elles resteront les deux rencontres qui m’ont marqué à jamais. Le souvenir inoubliable, c’est lorsque j’ai vu mon nom pour la première fois sur l’affiche d’une revue et sur le programme du Lido. Ensuite c’est quand je suis devenu le décorateur de la revue C’est magique.

Maquettes de décor du Lido

Penses-tu qu’aujourd’hui les métiers d’art sont plus difficiles d’accès ? 

Je pense que oui. À mon époque cela se faisait déjà par des rencontres et des connaissances. Moi même c’était le cas, mon père était ami avec ce fameux dirigeant de la société de décors. J’ai aussi l’impression que c’est un peu la même chose pour les autres métiers, pas seulement pour ceux qui touchent à l’art. Tu as beau avoir des diplômes, du talent, si tu n’as pas de contact dans le métier, tu as plus de mal à trouver du travail. Il faut avoir l’envie de réussir, puis il y a le bon moment et la bonne personne.

Propos recueillis par Clara Bouillon

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