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SatOne : « J’aime partager et être source inspiration. »

24 juillet 2017
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SatOneRafael Gerlach, alias SatOne, est né en 1977 au Venezuela et vit en Bavière (Allemagne) depuis près de 40 ans. Il est l’un des acteurs majeurs de la scène internationale du graffiti et a évolué vers l’abstraction depuis le début des années 2000. Rencontre.

Quelle est ta première rencontre avec le graffiti ?

J’ai découvert les premiers graffitis au début des années 90, le long des voies ferrées à Munich. J’étais fasciné par la manière de peindre de cette époque. Et, en parallèle, j’ai commencé à graffer également dans des lieux abandonnés.

Comment en es-tu arrivé à la peinture abstraite ?

C’est le fruit d’un long processus et de beaucoup de travail. J’ai toujours dessiné. Enfant, je dessinais beaucoup, en particulier des scènes de guerre, des pirates, des châteaux, etc.

Dans les années 90, j’ai commencé le graffiti. Etant davantage intéressé par la peinture figurative plutôt que par le lettrage, je peignais les personnages pendant que mes amis s’occupaient des lettres.

Puis, après avoir fréquenté une école de design graphique, j’ai travaillé pendant quelques temps dans une agence de graphisme. Mais le travail était moins créatif que je ne le pensais, et  j’ai décidé de travailler à mon compte dans le domaine de l’illustration et du graffiti.

Après avoir beaucoup pratiqué la peinture figurative, le design graphique m’a attiré et j’ai décidé de m’orienter vers l’abstraction au début des années 2000. Je suis probablement l’un des premiers artistes à avoir fait entrer l’abstraction dans le monde du graffiti à cette époque. Puis au cours des dernières années, je suis allé plus loin dans l’abstraction. Mais je pense qu’on ne peut être bon en peinture abstraite que si l’on connaît les règles de la représentation figurative afin de pouvoir les casser.

SatOne 3Quel est ton principal moteur ?

Je dirais le challenge. J’aime dépasser mes propres limites et assumer la responsabilité de ce que j’ai fait. Quand j’analyse mes œuvres quelques années plus tard, peu importe que je ne les aime plus vraiment, ce qui compte pour moi c’est que, avec du recul, elles aient eu un sens au moment où je les ai réalisées.

Mon travail est comme un langage dont je cherche constamment à accroitre le vocabulaire. Par exemple, lorsque je peins un mur, je ne réplique pas cette peinture à un autre endroit.  Je cherche toujours à créer une œuvre propre à ce lieu.

L’évolution semble également jouer un rôle majeur dans ta carrière…

C’est effectivement le cas. Je ne pourrais pas supporter l’idée de peindre encore aujourd’hui comme je le faisais dans les années 90. Ce serait comme être bloqué dans une impasse ou de mettre des chaussures trop petites pour moi. L’évolution fait totalement partie de ma vie. Je fais régulièrement un bilan et essaie de déterminer le sens de ce que j’ai fait, de tracer un chemin. Si, à un moment j’éprouve une certaine insatisfaction ou des doutes, c’est le signe qu’il me faut évoluer, trouver une nouvelle direction. Je vois ce processus comme un nécessaire inventaire ou une reprogrammation du système, la nécessité de détruire quelque chose pour reconstruire quelque chose de nouveau.

Sat OneIl y a quelques années par exemple, je n’étais pas totalement épanoui dans mon travail en atelier : j’ai réalisé que tout était trop sous contrôle. J’avais besoin d’expérimenter et d’intégrer de nouveaux éléments. J’ai donc créé un outil – une sorte de brosse rotative – que j’utilise désormais dans mes peintures sur toile depuis environ trois ans. Lorsque je peins avec cet outil, je ne peux pas contrôler complètement le résultat et dois m’adapter aux accidents. Le fait d’intégrer des éléments extérieurs ou incontrôlables est exigeant et stimulant.

J’ai cette même approche lorsque je peins un mur, j’essaie de trouver des éléments que je peux intégrer dans ma peinture.

Tu as mentionné le sentiment de responsabilité, pourrais-tu développer ?

Quand je suis invité à peindre un mur, il y a des attentes : mes propres attentes pour créer une œuvre qui correspond au lieu et à son environnement, et les attentes des personnes qui vivent dans cet endroit. Mais les deux sont liées. Je suis persuadé du fait que, lorsque tu es satisfait de ton propre travail, ton expression est authentique et les spectateurs ressentent cette authenticité et cette énergie. C’est mon principal objectif : j’ai besoin d’assumer ce que je crée. Ce qui est important, c’est que, quoique tu crées, cela vienne de toi.

L’un des plus beaux compliments que j’ai reçus venait d’une dame âgée à l’occasion d’une intervention en Pologne. Elle est apparue à la fin de mon intervention – avec un gâteau ! – et m’a dit, de manière métaphorique, qu’elle vivait de l’autre côté de la rue depuis près de 40 ans et que c’était comme si « j’avais changé ses fenêtres ». Mais je suis sûr qu’après quelques mois ou quelques années, elle sera habituée à cette nouvelle vue. Cette intégration est primordiale pour moi. Je ne veux pas créer un « alien » totalement étranger à l’environnement, mais plutôt quelque chose de marquant en termes de couleurs et de formes, qui attire le regard, mais qui, en même temps, s’ajuste au lieu. J’aime partager et être source inspiration.

SatOne 2Comment concilies-tu ton travail en atelier avec ton travail dans la rue ?

Ils sont pour moi complémentaires. Si j’utilisais une métaphore, je dirais que mon travail d’atelier est comme une cuisine ou un laboratoire, alors que la peinture de murs est comme une aire de jeux. Ce que j’aime dans le travail d’atelier c’est le fait d’expérimenter toutes sortes d’instruments, techniques, mediums, couleurs, etc. En revanche, du fait de contraintes de temps, l’expérimentation est limitée à l’extérieur.

Est-ce que tu as un message ?

Plus qu’un réel message, c’est plutôt un témoignage. J’aime observer ce qui m’entoure et le compresser et refléter dans mes peintures. Ce serait comme donner aux gens des lunettes avec un « filtre SatOne ». J’observe et le traduis dans mon propre langage.

Quelles sont tes influences ?

Mes influences sont assez vastes. Dans les années 90, c’était les graffti writers de la région de Munich, ainsi que les différents livres d’histoire de l’art que mes parents m’offraient. Ils ont rapidement décelé mon intérêt pour l’art et tentaient de le nourrir en me faisant découvrir des peintres célèbres. Par la suite, les magasines et livres de graphisme que j’ai lus et les différentes expositions que j’ai visitées lorsque j’étais étudiant m’ont également beaucoup inspiré.

Aujourd’hui, ma principale source d’inspiration ce sont les échanges avec d’autres artistes. Ce qui m’intéresse le plus c’est l’énergie des autres artistes, comprendre ce qui les pousse à créer, plus que le résultat final de l’œuvre. Leur énergie me donne l’envie de travailler davantage à mon propre travail. Et les lieux abandonnés sont toujours une grande source d’inspiration. Je prends des photos et intègre certains éléments dans mes œuvres.

 « Graffuturism » : est-ce que ce que cela signifie quelque chose pour toi ?

Je suis assez mal à l’aise avec les étiquettes. Cependant, lorsque Poesia a créé le terme « graffuturism » à San Francisco au début des années 2000, c’était la première fois que je me sentais proche d’une direction. Je vois en effet le « graffuturism » comme une plateforme ou un mouvement de personnes qui viennent de la scène du graffiti et ont évolué dans une autre direction, plutôt qu’une véritable étiquette.

Mais si je devais me mettre dans une case, je dirais plutôt un artiste muraliste, un artiste qui peint également des murs ou… avant tout un peintre abstrait.

Sat One 3Comment choisis-tu un mur ?

L’intuition. J’observe le mur et je sens immédiatement si je vais ou non aimer le peindre. Herman Hesse disait, à propos des personnes, qu’il y a toujours une magie au commencement. J’ai la même impression avec les murs, je sais immédiatement si je vais aimer le peindre ou non.

Comment commences-tu une peinture murale ?

J’observe le mur et son environnement et j’utilise les impressions et émotions que j’ai eues lorsque j’ai découvert l’endroit pour préparer le croquis. Lorsque je participe à un festival, je reçois des photos du mur et ses alentours, cela m’aide à trouver des éléments que je peux intégrer dans ma peinture. Par exemple, lorsque j’ai vu les photos du mur à Sète que j’allais peindre dans le cadre du festival k-Live 2017, cela m’a fait penser à la proue d’un bateau, un phare ou une horloge solaire. J’ai également réalisé qu’il était très visible, comme une scène. J’ai donc eu la conviction qu’il me fallait jouer avec le cycle du soleil.

Pourrais-tu nous décrire ce mur à Sète ?

Son titre est « Rise and Fall ». Cela fait référence au cycle du soleil, son lever et son coucher. Le soleil disparaît, mais cela est nécessaire pour amorcer un nouveau cycle. Cela rappelle aussi, plus généralement, le cycle de la vie et ses hauts et se bas.

Les émotions semblent jouer un rôle majeur dans ton acte de création…

C’est vrai. Je vois mes œuvres comme des pages d’un journal ou une photo qui témoigne des sentiments que j’avais à une période donnée de ma vie. C’est peut-être la raison pour laquelle j’aime donner des titres à mes œuvres et écrire l’histoire qui l’accompagne.

Quel est ton meilleur souvenir de peinture illégale ?

La peinture de nuit a un côté excitant. Actuellement, je ne trouve pas trop de temps pour cela, mais c’est toujours rafraîchissant pour moi de partir explorer de nouveaux endroits la nuit. L’un de mes moments préférés était en Norvège. J’avais trouvé un tunnel abandonné de 1,5 km de long. Il y avait quelques peintures à chaque extrémité du tunnel, mais plus loin à l’intérieur, c’était totalement noir. Je ne pouvais rien voir sans ma lampe torche. Après un moment je me sentais totalement à l’aise avec le fait d’être seul, dans le noir et le silence. Dans ces expériences, ce qui reste c’est la mémoire du ressenti. La peinture est davantage une excuse pour explorer des lieux abandonnés et laisser une trace qui ne sera parfois découverte que par très peu de personnes.

Sat One 4Est-ce que tu voyages souvent ?

Je voyage beaucoup pour mon travail. Je peins partout en Europe.  L’un de mes meilleurs souvenirs était en Inde, en 2015. J’étais invité par l’Institut Goethe à peindre une gare avec d’autres artistes. Le matériel nous était fourni mais nous n’avions aucune idée des couleurs nous allions avoir. Par conséquent, je ne suis pas arrivé avec une idée précise de ce que j’allais peindre. J’ai pris des photos et j’ai fait un croquis sur mon ordinateur en rentrant à l’hôtel avec l’influence immédiate du lieu. Il nous fallait improviser avec le matériel. Cela me rappelait le début des années 90, lorsqu’il nous fallait improviser et que le matériel disponible était limité. Je ne veux pas choisir entre différentes époques, chaque période a ses avantages, mais c’était une époque plus naïve et spontanée.

Où peut-on trouver tes murs en France?

Rouen (Rouen impressionnée festival, 2016), Toulouse (Rose Béton festival, 2016), Saint Gervais (2km3 project, 2017), Sète (K-Live festival, 2017), …

Est-ce que tu travailles toujours seul ?

J’aime en effet travailler seul. Mais j’ai eu de super projets avec Roids, un artiste du Royaume-Uni. Par exemple, dans le cadre du projet « Icarus_13 », nous avons peint ensemble un avion Boeing 737.

Est-ce que tu écoutes de la musique lorsque tu peins ?  

Dans mon atelier, j’écoute souvent des livres audio. Des sujets philosophiques ou de psychologie, mais également des romans. J’aime la sensation de plonger simultanément dans deux mondes différents : la peinture et le monde de l’auteur.

À l’extérieur, la musique m’aide parfois à m’isoler du bruit de la rue et m’influence également. J’aime écouter des styles de musique très différents.

Qu’est-ce qui te fait rire ?

Les situations étranges ou bizarres, les coïncidences… les choses qui ne correspondent pas totalement au cadre.

Marie-Fleur Rautou

[ © SatOne ]

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