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    Une année sans été, le printemps de la vie – Odéon-Théâtre de L’Europe

    14 avril 2014
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    Une-annee-dete-theatre-odeon

    Une année sans été

    De Catherine Anne

    Mise en scène de Joël Pommerat

    Avec Carole Labrouze, Franck Laisné, Laure Lefort, Rodolphe Martin, Garance Rivoal.

    Jusqu’au 4 mai 2014
    Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 15 h

    Tarifs : de 6 à 30 euros

    Réservations par tél : 01 44 85 40 40

    Durée : 1h10

    Odéon- théâtre de L’Europe, petite salle des Ateliers Berthier
    36, boulevard Berthier
    75017 Paris

    M°Porte de Clichy

    www.theatre-odeon.eu

    odeonJusqu’au 4 mai 2014

    Pièce initiatique sur le passage de la jeunesse au monde adulte, Une année sans été baigne dans la fragilité des êtres en construction et la délicatesse d’un épanouissement en cours. Pour cette intense saison existentielle où les individus tanguent à l’orée de la vie, l’auteur Catherine Anne, qui a longtemps dirigé le Théâtre de l’Est Parisien,  et le metteur en scène Joël Pommerat ont associé leurs respectives maturités.

    C’est la première fois que Joël Pommerat, créateur de spectacles comme il se définit  lui-même, porte à la scène un texte qui n’émane pas de lui. Cette première expérience s’accorde avec la notion qui est au cœur de la pièce, à savoir le frémissement de tous les commencements. Une année sans été met en scène cinq jeunes gens tourmentés par l’âge de la transition, cela juste avant la première guerre mondiale. Gérard quitte sa province pour monter à Paris, tenté par la poésie et l’écriture et encouragé en son projet par Anna, jeune allemande qui travaille dans les bureaux de son père aux côtés d’une jeune fille rigide nommée Mademoiselle Point. Anna se sent elle-même en proie à des hésitations houleuses, tiraillée entre le désir d’écrire, le besoin de voyager et la difficile recherche d’elle-même. Elle rejoint Gérard installé dans la capitale, devenu l’ami du jeune poète Auguste Dupré ainsi que de Louisette, fille de la propriétaire de son petit meublé. Ce groupe de jeunes gens croise ses interrogations sur la vie qu’il faut choisir, ayant en commun une frémissante quête poétique, un rejet d’une existence confortable et sans fantaisie ainsi qu’une difficulté à quitter leur âge.

    Influencé largement par Rainer Maria Rilke, l’univers de cette pièce fait songer aux Cahiers de Malte Laurids Brigge mais trouve une musicalité particulière, en équilibre délicat sur le gouffre du monde adulte où risquent de sombrer tous les rêves de jeunesse. Pour rester en lien avec cette notion, Joël Pommerat a choisi une distribution de jeunes comédiens qui glissent dans leurs rôles avec leur propre fragilité d’acteurs. Toutes les vulnérabilités ainsi se rencontrent, celle du metteur en scène en nouvelle démarche, celle des comédiens, celle de la thématique.

    Une nostalgie décalée

    La scénographie permet un enchainement des tableaux par des fondus au noir alliée à une utilisation de la musique en mouvements semblables aux jeux de lumière, nets, rectilignes, encadrant et en même temps charpentant l’ensemble. Les voix des personnages souvent peu éclairés sont amplifiées par des micros, donnant à ces cinq jeunes gens une intensité absorbée par un filet de réalité menaçant, porteur d’espoirs et de drames. Où vont-ils basculer ?  Du côté de ce qu’ils portent en eux d’éternellement juvénile ou du côté de ce que la réalité du monde adulte recèle de drames et de mort ? Catherine Anne, qui a écrit cette pièce en 1987, produit une étrange atmosphère baignée d’un romantisme et d’une mélancolie constituée de frémissements violents. La langue surannée et ces personnages d’un autre temps surgissent tels de jeunes fantômes venus de contrées oniriques, sentimentales, passionnées aussi. Ils évoquent une autre humanité, une autre saison humaine qui paraît tout à coup lointaine et pourtant éternellement au cœur de l’homme, car, celui-ci, du XXIe siècle ou du XXe, demeure toujours en proie à cette enfance qui taraude, cette enfance que l’on décapite ou que l’on protège envers et contre tout. Dans la pièce, c’est l’orage de la première guerre mondiale qui gronde. Et lorsqu’Anna s’exprime dans sa langue maternelle qui est l’allemand, le romantisme venu du pays de Goethe vient délicatement faire surgir le conflit au cœur de chacun, en quête de pureté et à portée des coups de canon des nécessités adultes. Les comédiens, finement guidés par Joël Pommerat, trouvent un phrasé et un jeu qui s’articulent en un charme troublant avec la langue de Catherine Anne. Ils traduisent très joliment, avec leur fraîcheur de comédiens qui est aussi celles de leurs rôles, la simplicité funambulique au-dessus du clair-obscur humain. Le tout sonne très juste, avec un sens exquis de la tendre précarité de la jeunesse, à la fois forte et frêle.  

    Emilie Darlier-Bournat

    [© Elisabeth Carecchio]

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