Théâtre des Artisans
Jusqu'au 7 février
Au théâtre des Artisans se donne une adaptation plus ou moins libre du roman d’Octave Mirbeau, Le journal d’une femme de chambre. Deux jeunes actrices se partagent en alternance, seule sur scène, le rôle de Célestine. Ce soir là nous écoutions Karine Ventalon.
Célestine, jeune employée de maison ballottée de place en place, au gré des caprices de ses maîtres, nous dresse un portrait au vitriol de la société bourgeoise de son temps, stigmatisant son hypocrisie et son immoralité.
La mise en scène très dépouillée de William Malatrat, centrée sur quelques objets symboliques, une valise, un journal intime, une paire de bottines, nous oblige avec délice à nous focaliser sur le texte. Et quel texte ! L’écriture incisive d’Octave Mirbeau nous plonge dans les méandres nauséabonds de la morale bourgeoise fin de siècle.
Tour à tour émouvante, odieuse, désespérée, perverse, l’héroïne se découvre à mesure qu’elle dépeint ses maîtres. Et, si l’actrice joue plus qu’elle n’incarne Célestine, sa performance – plus d’une heure sur scène – est à saluer assurément. L’espace scénique est parfaitement utilisé. Certaines impudeurs de jeu, jamais gratuites, instruisent avec justesse les violences sexuelles et les humiliations subies.
Ce sont de véritables portraits à charge que nous brosse la jeune femme. Entre l’avarice de Madame, la luxure de Monsieur, le fétichisme d’un autre et les vilénies des domestiques, nous voilà plongés au cœur d’une sévère critique des mœurs : véritable tragédie sociale dans laquelle la domesticité est l’avatar moderne de la mise en esclavage des hommes.
Comble de cette tragédie, la mise en scène de William Malatrat reste fidèle à la noirceur finale du roman de Mirbeau dont le metteur en scène, Luis Buñuel, avait choisi de s’écarter dans son film. Célestine, malgré la causticité de son regard, sa perversité, la révolte qui l’anime un temps, fera le choix elle aussi de la plus laide des duplicités, celle de couvrir un assassin et de le suivre dans ses aventures.
Triste constat en vérité pour cette société qui tue l’innocence – la petite Claire, violée et assassinée sauvagement – et qui annihile tout désir de rébellion. Y aurait-il « quelque chose de pourri au royaume » de France, semble questionner Mirbeau à l’instar de Shakespeare ?
Karine Marquet
Le journal d'une femme de chambre
Mise en scène: William Malatrat
Interprétation en alternance: Karine Ventalon - Virginie Mopin
Du 7 janvier au 21 février 2010
Du jeudi au samedi à 21h00, le dimanche à 15h00
Réservations : 01 42 49 83 96
Théâtre des Artisans
14 rue de Thionville
75019 Paris
Métro Ourcq (ligne 5)
| La Lutine au Théâtre de l'Opprimé < Préc | Suivant > On purge bébé, Léonie est en avance - Théâtre du Palais Royal |
|---|












