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Occupe-toi du bébé - Théâtre de la Colline

photo_4__E_Carecchio

Jusqu'au 5 février 2011

Théâtre National de la Colline

 

Crédit photos : Elisabeth Carecchio

 

Tout commence avec cynisme. S'occuper du bébé ? A quoi bon, puisque le bébé, les bébés sont morts. Ne restent que leurs parents, leur grand-mère, et tous ceux qui tentent de comprendre les ressorts du drame. La mère, Donna, a passé quatorze mois en prison pour le double infanticide de ses enfants. Relaxée faute de preuves, elle est la première à se confier devant l'oeil inquisiteur de la caméra, à la demande de l'auteur, Dennis Kelly, interprété par le metteur en scène, Olivier Werner. Ainsi commence la spirale infernale de la dissection d'un fait divers particulièrement macabre.

 

Occupe-toi du bébé est conçue selon les codes du théâtre verbatim, apparu au Royaume-Uni dans les années 1990. Il a pour caractéristique de négliger la fiction, pour ne rapporter que des faits authentiques. Et c'est ce que semble faire Dennis Kelly : "ce qui suit a été retranscrit mot pour mot à partir d’entretiens et de correspondances. Rien n’a été ajouté et les mots utilisés sont ceux employés même si certaines coupes ont pu être faites. Les noms n’ont pas été changés…", est-il écrit sur l'écran qui surplombe le plateau au début de la pièce. Et réapparaît une deuxième fois. Puis une troisième. Et à chaque nouvelle apparition, les lettres se déplacent subrepticement, transformant l'affirmation de vérité en véritable charabia.

 

Car ce prétendu documentaire n'est en fait que fiction, inspirée de faits réels, certes, mais tout droit sortie de l'imagination de Kelly. Rien de tout cela n'est vrai. Mais alors, qu'en est-il du degré de vérité de ce que disent les personnages ? Donna a-t-elle tué ses enfants ? Son mari pense que oui. Sa mère, qui refuse de se prononcer sur la question, pense que oui. Donna dément avec rage. En retrait derrière sa caméra ou dans les gradins, l'auteur, intelligemment interprété par le metteur en scène ne prend pas parti, et le public le suit. Car au fond, ce qui importe, ce n'est pas de connaître la vérité, mais de décortiquer le comportement de chaque protagoniste, selon qu'il se croit en représentation ou loin des caméras.

 

photo_1__E_Carecchio

Ainsi se met en place un jeu subtil entre les différents espaces de la représentation : le plateau, dédoublé par la présence d'une caméra qui filme les acteurs en gros plan et les projette en temps réel sur un grand écran.

 

Chaque expression du visage est ainsi magnifiée, et les comédiens transmettent à leur personnage un écrasant sentiment d'auto-contrôle. La présence de la caméra disparaît progressivement, les questions sont posées par l'auteur sans intermédiaire. Les personnages se dévoilent peu à peu, perdent cette maîtrise d'eux-mêmes pour révéler les doutes qui les animent. Donna laisse la folie l'envahir, sa mère se met à douter d'elle-même. Au contraire, le mari de Donna, Martin, accepte alors de répondre aux question de l'auteur. Même le psychiatre, figure d'autorité et de savoir, montre ses failles - la théorie scientifique qui lui a permis d'identifier le mal dont, selon lui, souffre Donna, s'effondre comme un château de cartes.

 

A cet espace scénique répond un espace hors plateau : des scènes tournées a priori, en dehors de la représentation théâtrale, sont projetées sur l'écran. On y voit Lynn Barrie, la mère de Donna, femme politique, partir en campagne dans sa circonscription, du porte à porte à l'investiture. Si ces scènes permettent de porter un regard critique sur les pratiques politiciennes et l'utilisation de la vie privée à des fins électorales, elles semblent former le point faible de la pièce : l'attitude de Lynn est si caricaturale que l'analyse en devient grossière, loin de la finesse des relations entre les personnages au plateau.

 

Une pièce complexe, dérangeante, et dont on ressort ébranlé, la tête pleine de questions auxquelles l'auteur, fort heureusement, n'offre pas de réponses. Servi par une mise en scène sobre et efficace, par de remarquables comédiens et une excellente traduction, le texte de Dennis Kelly mérite que l'on s'y attarde.

 

Audrey Chaix

 


enjoy the theatre

 

 

 

Occupe-toi du bébé de Dennis Kelly mise en scène d'Olivier Werner avec Jean-Pierre Becker, Aurélie Edeline, Vincent Garanger, Marie Lounici, Anthony Poupard, Olivier Werner, Olivia Willaumez

 

 

du 8 janvier au 5 février 2011
tarifs : de 13 à 27€
réservations : au 01 44 62 52 52 ou sur le site du théâtre

puis en tournée au Préau CDR de Basse Normandie - Vire du 9 au 11 février 2011

Théâtre National de la Colline
15 rue Malte-Brun
75020 Paris
Métro Gambetta

www.colline.fr

 
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